Nicholas Schonberger revient sur le travail journalistique de l’un de ses amis et collègues, un passionné de la culture sneaker : le regretté Gary Warnett.

Ses éditions préférées de la Jordan sont illustrées par B.J. Betts, un ami proche de Warnett. 

Gary Warnett est décédé à son domicile le 27 septembre 2017, à l’âge de 39 ans.

Parti bien trop tôt, Gary Warnett laisse derrière lui des écrits aussi prolifiques que variés. Incontestablement, il était l’un des commentateurs majeurs de la culture sneaker. Promu au rang de meilleur auteur d’articles sneaker de tous les temps (une reconnaissance qui le faisait tressaillir), Warnett cultivait l’art de dévoiler les différentes nuances de cool, un exercice des plus périlleux qui en faisait un allié précieux pour les marques qu’il affectionnait.

Parmi elles figurait bien entendu la marque Jordan. Tandis que beaucoup se passionnent pour le Jumpman et la légende des parquets qui l’accompagne, Warnett s’intéressait plutôt à la place unique que tient Jordan dans l’univers de la chaussure en général.

Warnett s’efforçait de décoder le contexte culturel global qui entourait les sorties de sneakers dans la communauté. Il était plus du genre à énumérer toutes les chaussures sorties le même jour que la Jordan 3 originale, plutôt que de s’attarder sur les résultats du concours de dunk de 1988, soulignant au passage chacun des détails les plus infimes de l’histoire de la silhouette concernée.

Alors que la plupart des journalistes auraient interrogé Tinker Hatfield sur ses impressions lors de sa première rencontre avec Jordan, Warnett lui a demandé si la perspective de créer une chaussure signature pour un athlète était en fait un « cadeau empoisonné pour un designer ». La réponse de Hatfield : « Pas vraiment. À l’époque, j’étais plutôt naïf en ce qui concerne la pression associée à la conception de sneakers. »

C’est le type de franchise qu’inspirait Warnett lors de ses interviews sur les chaussures Jordan. Ses préférées étaient la Jordan 1, la Jordan 3, la Jordan 4 et la Jordan 11.

 

À propos de la Jordan 1, il déclarait que le jeu de la star du basketball avait permis de donner toute sa légitimité à la chaussure, tandis que son apparition sur une pochette d’album légendaire lui avait ouvert les portes de l’univers hip-hop.

Warnett savait qu’un succès commercial associé à l’adhésion du public et une approche évolutive constituaient une bonne raison de célébrer une chaussure. Il tenait à présenter le contexte dans son ensemble et à ne jamais laisser personne oublier que chaque chaussure est une pièce importante de l’édifice d’une légende. De fait, lorsqu’il évoquait la 3, Warnett était prompt à souligner la façon dont la chaussure capturait l’air de son temps.

L’utilisation d’un imprimé éléphant par Hatfield, le pouvoir d’attraction de l’unité Nike Air visible et la très discrète référence à la marque sur l’empeigne composaient la formule parfaite au moment précis où les technologies avancées prenaient leur envol. Ce type de considérations, et l’exceptionnelle capacité d’analyse de Warnett, ont participé à construire la légende Jordan à travers des contributions remarquables par leur profondeur et leur portée. Ce n’est pas rien, et cela justifie sans aucun doute toutes les acclamations reçues.

RIP Gary Warnett.