Avant que Chris Paul n’accède au statut de « Point God » (qui le consacre comme l’un des plus grands « floor general » de toute l’histoire de la NBA), le joueur neuf fois All-Star était plus proche du commun des mortels qu’on ne pourrait le penser, lorsqu’il jouait pour la Junior Varsity.

L’histoire commence ainsi : durant sa seconde année au lycée West Forsyth dans sa ville natale de Clemmons en Caroline du Nord, Chris Paul se voit proposer une place dans l’équipe de basketball des Varsity. Il choisit cependant de rester dans l’équipe junior qui lui permet de jouer davantage. Ce choix de jeunesse révèle d’ores et déjà sa vision du basket ainsi que sa passion du jeu.

« Tout le monde veut faire partie de l’équipe Varsity, parce que c’est la classe quand tu te balades sur le campus avec ta veste letterman », raconte Paul. « Mais quel intérêt de jouer pour la Varsity si je dois rester assis sur le banc de touche ? Beaucoup de gens se sont dit : « il joue dans la Junior Varsity », mais j’avais une moyenne de 30 environ, et genre 10 interceptions par match. Moi, je préfère avoir une vue d’ensemble, et c’était avant tout une question de temps passé sur le terrain. »

Un lundi après-midi de mars, Paul est assis dans une salle de conférence dans la tour Michael Jordan du QG Nike World à Beaverton, dans l’Oregon. Il portait un sweat à capuche noir, un jogging noir et une paire de Air Jordan X « I’m back » – les mêmes sneakers que Jordan portait pour son retour dans la NBA quasiment 23 ans auparavant, jour pour jour. C’était un moment paisible avant la confrontation tant attendue entre les Rockets et les Trailblazers, une équipe en pleine ascension qui avait déjà engrangé 13 victoires d’affilée (leur défaite sera due, en partie, aux statistiques de Paul qui leur infligera 22 points, 5 paniers à trois points, 8 passes décisives et 6 rebonds).

« Avant de m’endormir, je priais pour gagner en hauteur », se remémore Paul. « Je voulais juste être plus grand et, comme vous pouvez le constater, cela n’a pas vraiment marché. Et même si j’ai un peu grandi entre mon année de sophomore et mon avant-dernière année, je passais tout mon temps dans la salle de sport. Aujourd’hui, tout le monde a un entraîneur mais, pour ma part, j’ai presque tout appris des matchs sur le terrain. »

La leçon à retenir s’applique à tout le monde, que l’on joue dans la Junior Varsity ou qu’on soit une véritable légende du basketball. « Ne prenez pas de raccourci », conseille Paul. « Je n’ai jamais douté de ma passion pour le jeu. »

Durant la majeure partie de sa carrière, Paul a joué avec une précision exceptionnelle, presque chirurgicale : chaque mouvement est délibéré, chaque détail impeccable, chaque levier guidé par la main d’un seul homme. Mais après avoir été contraint à micro-gérer l’offensive de Los Angeles pendant 6 saisons, il trouve à présent une bouffée d’air frais dans l’énergie des Rockets et leur propension à tirer des paniers à trois points (en particulier lorsqu’il peut se reposer sur ses acolytes All-Star dans le backcourt).

« Après avoir occupé une position de leader presque toute ma vie, ça a été sympa de m’adapter à d’autres façons de faire », dit Paul. « C’est agréable de ne pas passer son temps à dribbler de long en large sur le terrain, et d’avoir l’opportunité d’apprécier l’excellence. »

Si certaines des statistiques de Paul (actuellement à 18,6 points, 5,6 rebonds et 8,0 passes décisives) ont diminué par rapport aux plus hauts scores de sa carrière, Houston a tenté de minimiser l’usure en lui accordant plus de repos que d’habitude. Et lorsque l’on regarde un peu plus attentivement les chiffres, Paul n’a jamais cessé d’être au top. Il est en train de vivre sa deuxième saisonla plus performante de tous les temps, placé en tête de la NBA pour les passes décisives, et il fait également partie du top dix de la ligue en termes d’interceptions, dominant les classements plus avancés comme le RPM, le BPM et les Win Shares par 48 minutes.

Plus important encore, les Rockets détiennent les meilleurs records du basketball et sont sur le point d’obtenir l’avantage à domicile pour l’éprouvante épreuve de la postsaison. Malgré la puissance des équipes de Paul à Los Angeles, il semblerait que les Rockets soit la plus redoutable escouade dont il ait jamais fait partie.

 

« C’est notre première année ensemble, mais on attend beaucoup les uns des autres », déclare Paul à propos des Rockets. « On sait que notre réussite ne trouvera sa véritable mesure qu’au moment des playoffs. Notre synergie est incroyable et naît simplement du fait que l’on passe beaucoup de temps ensemble. Souvent, les joueurs disent qu’ils ont l’esprit solidaire, mais ça reste très abstrait. Je crois qu’on est une vraie équipe, et ça nous donne un réel avantage. »

Les Rockets ont déjà établi un record de franchise pour le nombre de victoires en une saison, mais ils débuteront sans doute les playoffs comme outsiders, puisque l’une des équipes rivales de leur conférence est parvenue en finale trois années consécutives. Paul sait qu’il y aura toujours des sceptiques, mais l’adolescent qui refusa le prestige de la Varsity pour l’expérience de la JV n’a jamais laissé l’opinion des autres entamer son énergie émotionnelle.

« J’ai toujours l’impression que j’ai quelque chose à prouver, chaque fois que je m’aventure sur le terrain », dit-il. « Pas vis-à-vis des autres, mais vis-à-vis de moi-même. »