Depuis toujours, Chris Young consacre la majeure partie de son temps à la communauté du basketball. De l’organisation de programmes sportifs à l’échelle locale au coaching de jeunes talents comme Russell Westbrook, Chris Young est l’une des pierres angulaires d’une communauté soudée, unie par la passion du basket.

Il est né et a grandi dans le quartier de South Central à Los Angeles et, dès son plus jeune âge, le basketball est omniprésent dans sa vie. Young en parle comme d’une relation mêlée d’amour et de haine. Au départ, il était davantage attiré par le football américain, mais le basketball est vite devenu plus qu’un jeu pour lui. C’était un véritable mode de vie qui lui ouvrait de nouveaux horizons et l’éloignait des mauvaises influences.

« Le basket m’a empêché de faire beaucoup de bêtises que j’aurais sans doute faites si je n’avais pas été tout le temps fourré au gymnase », dit Young aujourd’hui âgé de 41 ans. « Ce sport m’a évité beaucoup d’ennuis et m’a permis d’envisager les choses avec optimisme. »

C’est cet optimisme qui l’a amené à mettre son influence au service des jeunes qui ont grandi dans son quartier, souvent en quête d’un sentiment d’appartenance ou qui ont du mal à trouver leur voie. Pour Chris Young, le basketball est un outil d’apprentissage idéal.

Nous sommes vendredi après-midi dans un centre de loisirs situé entre Martin Luther King Jr. Boulevard et Bill Robertson Lane, à Los Angeles. Il s’agit justement d’un bâtiment où Chris Young a travaillé.

En sortant de l’ascenseur au deuxième étage, on trouve deux terrains de basket standard. Le gymnase est le lieu de tous les possibles. C’est l’endroit où se tient tous les mercredis soirs l’Air West pickup run (matchs spontanés inspirés du basketball de rue), un projet que Young et Kieon Kindred ont permis de concrétiser. Des joueurs de tous les niveaux, pros, semi-professionnels, universitaires et amateurs, se retrouvent sur le terrain et s’affrontent pendant des heures.

Pour Chris Young, la plus grande satisfaction a été de pouvoir créer ce projet au sein de sa communauté.

« C’est mon quartier », explique Young. « Je viens de L.A. et je suis très fier de ces origines. Avoir eu l’opportunité de développer un programme sportif précisément dans mon quartier, c’est vraiment génial. »

La fraternité est également un élément essentiel dans la vie de Chris Young. Pour lui, le basket, c’est aussi toutes les amitiés nouées avec des coéquipiers qu’il considère aujourd’hui comme des frères. Il admire beaucoup son ancien coéquipier de l’équipe universitaire Reggie Morris Jr. qui, comme lui, est devenu un pilier de la communauté du basketball de Los Angeles.

Morris Jr. a hérité sa passion du jeu de son père, un membre apprécié de la communauté, qui l’a entraîné, aux côtés de Young et Walker, pendant 16 saisons dans le quartier de Southwest à Los Angeles.

C’est Morris (qui était alors, à 24 ans, coach principal de basket au Lycée Leuzinger de Lawndale, une petite ville à une vingtaine de kilomètres au sud du centre de Los Angeles), qui a offert à Young un poste d’entraîneur dans son équipe en 2003. D’abord hésitant, Young finit par accepter, et c’est là qu’il rencontre pour la première fois un certain Russell Westbrook.

Young se souvient de Westbrook à ses débuts comme d’un joueur petit et maigrichon, mais intrépide. Un souvenir partagé par tous ceux qui faisaient partie du cercle à l’époque.

« Il [était] solide et avait l’esprit de compétition, et c’était là le principal », se rappelle Young. « Pas mal d’autres joueurs étaient [alors] meilleurs que Russell, mais il était plus solide et plus tenace qu’eux. »

14 ans plus tard, ce même gamin aux épaules trop étroites pour son maillot continue de jouer avec la même ténacité, remportant le titre de MVP en 2017 et devenant l’un des joueurs les plus explosifs que le monde ait jamais connu. Et dans la foulée, il lance une chaussure signature en collaboration avec Jordan.

Young se remémore ce joueur devenu « The Brodie », qui porte aujourd’hui ses Why Not Zer0.1 dans un coloris « Triple-Double ». Il s’agit de la première chaussure signature de Westbrook, sortie en janvier dernier, qui célèbre son record de 42 triple-doubles en une seule saison. Westbrook a également lancé le coloris « Tribute » en l’honneur de son ancien coéquipier du lycée Khelcey Barrs, décédé en 2004.

Young se réjouit de voir ses anciens joueurs réussir comme Westbrook avec sa carrière fulgurante, mais prend également beaucoup de plaisir à transmettre son savoir à la nouvelle génération de basketteurs.

 

« [Young] et l’entraîneur Morris ont eu une énorme influence sur mon rapport au basketball : il fallait venir s’entraîner tous les jours, peu importe ce qui se passe au travail ou à la maison », explique Roy Walker. Walker est désormais entraîneur assistant au lycée de Culver City pendant l’automne et dans l’équipe amateur de la fondation « Why Not? » de Westbrook pendant l’été. Walker consacre énormément de temps pour les joueurs qui rejoignent le programme poussés par leur passion du jeu et leur intérêt pour le mentorat.

« J’ai vu [beaucoup] de gens, quand j’avais 13 ans, aller les voir et leur parler », se rappelle Walker à propos de l’impact de Morris et Young sur les jeunes à travers le basketball. « Je suis arrivé à un point où je peux être un mentor, un coach, et les gens me connaissent dans toute la communauté du basketball. Le plus important, c’est d’être présent, d’aider les jeunes et de donner tout ce qu’on peut, et au-delà. »

Cette philosophie a trouvé un écho chez toute une génération d’anciens joueurs, et a permis d’instaurer un climat d’entraide dans la communauté, et tout particulièrement l’été dernier, lorsque Young a eu des problèmes de santé qui ont failli lui coûter la vie.

Lors de la Peach Jam, le dernier match de la EYBL (Elite Youth Basketball League de Nike) à North Augusta en Caroline du Sud, Young a été victime d’un AVC et a dû subir deux opérations consécutives du cerveau à son retour à Los Angeles.

« Par moments, je n’arrivais même plus à manger tout seul », explique Young. « J’étais étendu sur le sol, et je ne pouvais m’empêcher de penser que j’étais en train de saboter ce dont je rêvais depuis des années. »

La communauté a apporté un soutien indéfectible au « Ghetto Bird ». Ce surnom lui avait été donné par le présentateur George Preciado à l’époque de la Drew League en raison de son style de jeu : de haute volée et toujours là quand il se passe quelque chose.

 

Morris et Walker faisaient partie du cercle étendu des amis et de la famille qui sont restés présents aux côtés de Young pendant cette période difficile.

« Je n’avais aucun doute sur sa guérison, parce qu’il ne pouvait pas en être autrement », explique Walker. « Sa capacité à surmonter les épreuves est sans commune mesure. Je l’adore, car il m’a aidé à devenir ce que je suis aujourd’hui, un bon entraîneur. »

Young s’est entièrement remis depuis, et cette expérience lui permet de motiver ses joueurs, leur démontrant qu’il n’y a pas besoin de faire partie de grandes ligues pour consacrer sa vie au basket.

 

« Mon mantra, c’est que chacun a une histoire », déclare-t-il. « J’espère que ma ville se souviendra que j’ai toujours fait preuve de détermination pour avoir la vie que je souhaitais. J’ai été élevé par une mère célibataire qui travaillait dur, et j’aurais pu, à plusieurs reprises, perdre ma liberté ou ma vie en choisissant la rue. Mais la ville m’a épargné ça et m’a permis de suivre mes rêves. Qui sait ? Peut-être qu’un jour j’aurai la chance de devenir le recruteur de la côte ouest pour la EYBL. »

Presque un an après l’accident, Young parle librement de la cicatrice de 15 cm qui se trouve à l’arrière de son crane. De retour au centre d’entraînement, Young se prête à une séance photo avec le photographe Estevan Oriol, basé à Los Angeles. Le dernier cliché immortalise Young près de l’entrée principale, entre deux messages gravés dans le sol : « Thank You » (merci) et « Mentor ».

« [Chris] a toutes les qualités qu’on attend d’un mentor », déclare Walker. « C’est un véritable exemple pour moi. »