Le designer, acteur, entrepreneur et collectionneur de sneakers, Edison Chen, est très attaché à Jordan, aussi bien l’homme que sa marque. Cette passion est présente depuis le début de sa carrière, où qu’il soit sur le globe. Chen se passionne également pour l’art, la mode et la culture, ce qui l’a amené à entrer en contact avec Elle Hu, dont il a rapidement mesuré le talent. Ils ont tous deux accepté de se confier, et nous livrent une version moderne de ce que représente l’importance du lien créatif et du mentorat dans leur domaine.

Interviewer une personne sur sa vie, sa carrière et ses passions est déjà enrichissant. Mais assister à un dialogue entre deux amis et collaborateurs au sujet de l’influence qu’ils exercent l’un sur l’autre, et de l’inspiration mutuelle qui les lie, est un véritable privilège.

C’est à Los Angeles que résident actuellement Edison Chen, homme aux multiples casquettes et véritable légende culturelle, et Elle Hu, son ancienne assistante, sa protégée et l’étoile montante de la mode. Je les ai retrouvés lors du NBA All-Star Weekend pour en savoir plus sur leurs parcours respectifs et la naissance de leur relation qui continue à s’épanouir, aussi bien sur le plan personnel que professionnel.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Edison, vous êtes bien plus connu qu’Elle, mais j’aimerais vraiment savoir comment vous êtes entré en contact avec Elle.

Edison: tout d’abord, je dirais que les réseaux sociaux, c’est de la folie. Mais je vais vous expliquer comment tout s’est déroulé. En Australie, il existe une enseigne appelée Sneakerboy. Je me suis intéressé à Sneakerboy parce qu’ils vendent non seulement des articles de sport de marques telles que Nike et Converse, mais également des modèles de grands noms de la mode. Cela a éveillé ma curiosité. En parcourant leur compte Instagram, j’ai découvert Elle, et je trouvais que cette jeune femme était intéressante. Nous sommes donc entrés en contact via Internet.

C’était un peu bizarre à l’époque, mais de nos jours, c’est tout à fait normal.

Edison: je tiens à préciser que ce n’était pas dans l’intention de lui envoyer des messages privés. Pas du tout. Par ailleurs, je connaissais aussi les propriétaires de Sneakerboy. J’ai donc voulu avoir leur avis sur Elle. Ils m’ont dit qu’elle projetait de venir en Amérique. Je crois que notre première rencontre a eu lieu à Undefeated, à Los Angeles.

Elle: oui, c’était il y a environ deux ans.

Edison: exactement. Elle a passé quelque temps à Los Angeles, avant de partir pour New York. Au bout d’un an environ, les choses ont commencé à bouger ici, à Los Angeles. Je travaillais avec différentes marques, comme Vlone. Et quand les choses ont commencé à s’accélérer pour moi, j’ai compris que j’allais avoir besoin d’un peu plus d’aide. J’ai donc proposé à Elle de me rejoindre en tant qu’assistante.

Elle, qu’avez-vous ressenti quand Edison vous a contactée ? Cela a dû être fou, non ?

Elle: J’adorais ce qu’Edison faisait à Los Angeles. Cette ville regorge de possibilités et c’est ce que je recherchais quand j’ai quitté l’Australie. Pour ce qui est d’intégrer l’équipe, c’est l’aboutissement d’un rêve. J’apprends énormément de choses tous les jours.

Que faisiez-vous précisément à New York auparavant ?

Elle: J’ai passé quelque temps dans un showroom. J’ai également travaillé un peu en tant qu’attachée de presse. Je crois qu’après avoir grandi en Australie, j’ai toujours été attirée par New York. La ville était donc pour moi un passage obligé. Edison m’a contactée à la fin de mon aventure new-yorkaise, au meilleur moment possible. Tout s’est mis en place naturellement.

Edison: C’est fou, parce que depuis, elle a su se faire une place au soleil.

Elle: C’est vrai.

Edison: C’est une collaboration intéressante et nous puisons beaucoup de choses chez l’un et chez l’autre. Nous nous complétons de manière remarquable. Comme j’aime dire aux personnes avec qui je travaille : « je peux vous ouvrir la porte. Je peux vous aider à entrer dans la pièce, mais ce sera à vous d’ouvrir la porte suivante. » Et s’il s’agit d’une porte impossible à ouvrir pour moi également, j’espère que nous pourrons faire équipe pour l’ouvrir à deux.

Je préfère travailler dans un esprit d’équipe où chacun cherche à aider l’autre, plutôt que de toujours chercher à rivaliser ou à tirer la couverture vers soi. Nous avons donc travaillé de concert. Ensemble. Sans mon équipe, dont Elle fait partie, je ne pourrais jamais accomplir tout ce que je fais. J’ai beaucoup d’estime pour mon équipe et je reconnais la qualité du travail qu’elle fournit.

Edison, que pensez-vous de Los Angeles en tant qu’espace de travail ? On vient de l’évoquer, mais pensez-vous pouvoir accomplir à Los Angeles des choses qui sont impossibles à faire dans d’autres villes actuellement ? Avez-vous l’impression qu’il s’agit d’un creuset culturel particulièrement dynamique ? Selon vous, la donne a-t-elle changé au cours des dix ou des cinq dernières années ?

Edison: Oui, la situation a vraiment évolué au cours de ces cinq ou dix ans. D’après moi, Los Angeles a cette particularité qu’elle laisse la possibilité aux gens de s’exprimer et d’atteindre ses objectifs, aussi bien physiquement que mentalement. Cet endroit donne une sensation d’espace. Vous savez, j’ai grandi à Hong Kong et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 28 ans.

D’accord.

Edison : C’est-à-dire jusqu’en 2008. Le stress est omniprésent et l’agitation ne cesse jamais. On est réellement plongé au cœur des choses. On peut dire à un pote : « Nous sommes à cinq rues de chez toi. Tu veux nous rejoindre ? », alors qu’en Californie, on demande plutôt : « Je suis à 8 kilomètres. Tu es sûr de vouloir sortir ? ». C’est à la fois positif et négatif, car cela nous incite à faire des efforts pour tisser des liens avec nos amis. Du coup, quand on passe du temps avec eux, ça a beaucoup plus de valeur… Je ne veux pas critiquer d’autres villes telles que New York non plus. C’est juste que si quelque chose demande un effort, on apprécie encore plus le moment, n’est-ce pas ?

Il me semble que c’est tout l’intérêt de Los Angeles. On y trouve plus d’espace pour réfléchir et se sentir créatif. Mais en même temps, cela encourage aussi l’esprit de communauté. Puisqu’on ne voit pas tout le temps certaines personnes, quand on les retrouve, on fait plus d’efforts. Et cela représente également une preuve d’amitié ou d’amour. C’est ainsi que naît progressivement une communauté qui est aussi la source d’une énergie plus positive pour vos créations.

Qu’aimeriez-vous voir Elle faire dans cinq ans ?

 Edison: Je le dis parfois en plaisantant, mais c’est aussi un véritable souhait : j’aimerais qu’elle devienne comme moi. Je voudrais qu’elle m’aide à gérer toutes mes activités, qui sont également en accord avec ses aspirations. J’ai donc réparti mes efforts sur plusieurs enseignes afin de créer un éventail de marques, pour occuper le terrain dans la mode urbaine contemporaine.

D’accord…

Edison: Franchement, j’ai 37 ans et je suis dans le secteur depuis 15 ans et c’est pour cela que je travaille avec Elle. C’est pour permettre à mes poulains d’accéder au devant de la scène, tandis que je reste à l’arrière, en leur donnant mon avis au téléphone, tout en regardant Netflix. C’est mon objectif.

Le plaisir d’un travail bien fait.

Edison: Oui, c’est ce que je veux partager avec différentes personnes. Et Elle se situe indéniablement dans les premières. J’espère qu’elle pourra prendre les rênes d’une force créative. Elle peut aspirer à diriger sa propre marque. Elle peut faire un malheur dans le secteur créatif, puis aller là où ces opportunités la mèneront pour poursuivre ses rêves, quels qu’ils soient.

Je vais vous poser la même question, Elle. Quels sont vos objectifs les plus ambitieux ?

 Elle: Actuellement, je peaufine mes compétences. Chaque jour, je mesure ma chance d’avoir un mentor aussi exceptionnel et d’apprendre tant de choses. J’essaie d’être comme une éponge et d’absorber le plus possible. Je tiens à apprendre au maximum et, si tout va bien, à la fin de l’année, j’aurai une idée plus claire de la direction que je souhaite prendre.

Dernière question, que je vous adresse à tous les deux : quelle est votre rapport aux sneakers ? Avez-vous toujours été fan ?

Elle: Oui.

Que représente pour vous le fait de travailler avec Jordan ?

Elle: C’est vraiment hallucinant. Quand on grandit en Australie, on ne peut pas envisager de telles opportunités, alors ce que je vis actuellement est assez dingue.

Je vois.

Edison: Elle est devenue une star chez elle. Quand elle rentre en Australie, elle ne passe pas inaperçue.

C’est vraiment amusant. Chaque personne à qui j’ai parlé, y compris celles qui participent au All-Star Game, les producteurs et vous, tous disent… c’est assez dingue de faire partie du processus Jordan, parce que dans mon enfance, je ne pouvais pas m’acheter ces produits.

Edison: Absolument. Vous savez, j’ai une dette envers le basketball et Jordan pour m’avoir guidé vers la mode.

Ah bon ?

Edison: Tout a commencé avec les chaussures. Puis, j’ai remarqué les pantalons plutôt amples. Ensuite, je me suis intéressé au hip-hop et j’ai découvert leur langage et la façon dont Jordan s’exprimait dans Come Fly With Me par exemple. Cela a été un moteur dans ma jeunesse et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Je vois.

Edison: Je dessinais les maillots et les chaussures de Michael Jordan quand je m’ennuyais en classe. Et le fait de travailler aujourd’hui en collaboration avec l’équipe Jordan et d’évoquer des créations, des choses comme ça, parfois, je me dis…

Comment j’ai fait pour arriver là ?

Edison: Exactement. J’ai presque envie d’appeler ma mère.

Oui.

Edison: J’ai envie de lui dire « Maman, tu as vu ? Tu as vu ce que je fais ? ».