Texte : Drew Ruiz

Photographie : Michael Uzowuru


« Game Worn » explore l’ampleur, la nuance et les histoires qui se cachent derrière l’esprit d’entreprise actuel ainsi que les sneakers qui portent les individus dans leur quête de grandeur.


Capturer des tranches de vie fascine Joseph Sherman depuis près de dix ans. Après avoir obtenu son diplôme universitaire, ce créatif originaire de Chicago est parti s’installer sur la côte Est en 2012 pour lancer sa carrière. Pour son road trip jusqu’au New Jersey, Joseph s’est acheté son premier appareil photo et s’est mis à photographier les villes qu’il traversait, des paysages, des gens, des sneakers et le basketball.

Ayant grandi dans le Midwest, Joseph est tombé amoureux des paniers dès son plus jeune âge. Au gré de ses photographies, il s’est découvert une passion pour la culture du basketball, qui a fini par se transformer en emploi à plein temps.

Joseph a continué à élargir son répertoire en racontant des histoires à travers son art, notamment lorsqu’il s’installait dans une nouvelle ville. Il a commencé à capturer son nouvel environnement à New York grâce à des portraits intimistes et des photos de mouvement. Ces images cristallisent la complexité du rythme effréné du jeu, qui reflète l’agitation de la ville et de ses plus célèbres artères.

En 2019, Joseph a de nouveau décidé de changer de décor en direction la côte Ouest, après avoir accepté le poste de photographe attitré et des réseaux sociaux pour les Lakers de Los Angeles. À son poste actuel, il participe à la création et au traitement de contenu original et documente tous les aspects de la vie des violet et or.

Au printemps dernier, l’auteur et créateur trentenaire a auto-publié A Basketball Book About Black People, véritable éloge visuel de la communauté noire avec le basketball comme toile de fond. Joseph devrait prochainement publier un nouvel ouvrage, dont la phase de production vient seulement de commencer.

Nous avons interrogé Joseph sur sa manière d’équilibrer son temps et son énergie, sur sa manière d’ouvrir la voie à d’autres créateurs noirs et sur l’alliance de l’ancien et du nouveau dans la Jordan Zoom 92.


Comment ton parcours dans la photographie a-t-il débuté ?

Mon parcours a été peu orthodoxe et unique. J’ai appris tout seul à me servir d’un appareil photo, sans suivre de formation. Je me suis acheté mon premier appareil en 2012, pour quelques centaines de dollars. Je partais de l’Illinois pour rejoindre le New Jersey et commencer à travailler après avoir terminé mes études, et je voulais prendre des photos de mon voyage. Je m’étais acheté cet appareil photo pour illustrer mon voyage évidemment, mais aussi pour envoyer des photos à ma mère et lui dire que son fils allait bien.

Quand je suis arrivé dans le New Jersey, je n’avais ni famille ni amis qui m’attendaient. J’ai dû me créer une nouvelle communauté. J’ai commencé par me rapprocher avec mon appareil photo. Je prenais des photos de tout ce que je voyais ou croisais, notamment des paysages ou des scènes de rue prises sur le vif. Je gravitais autour de l’art de la photographie, ce qui m’a permis de pouvoir combiner mes passions, le basketball et l’art.

Comment décrirais-tu ton processus créatif ?

Tout part d’un mélange de mes références, de mes idoles et de mes instincts. J’ai besoin de regarder le travail de mes artistes préférés, passés et actuels, pour trouver l’inspiration ; des photographes comme Carrie Mae Weems, Chi Modu, Deana Lawson, Roy DeCarava et Gordon Parks. Je lis leurs histoires pour apprendre à les connaître en tant qu’individus, pour savoir qui se cache derrière l’objectif. Et à partir de là, je suis mon intuition et mon instinct.

Pour la prise de vue, je me concentre toujours sur l’essence du sujet ou de l’environnement que je veux représenter. Je m’assure que ce que je capture communique l’essence et la vérité pures du moment.

Qu’est-ce que cela signifie pour toi d’être un créatif noir ?

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est le devoir. Et par devoir, je veux dire la responsabilité que j’ai, en tant qu’homme noir, d’encourager et de valoriser ma communauté et d’honorer ma famille, mes origines et ceux qui m’ont précédé, qui se sont battus pour ma libération.

En tant qu’homme noir, j’ai des responsabilités et des devoirs qui sont lourds à porter, surtout dans ce pays. En tant qu’artiste, il est de mon devoir de montrer les contradictions de la société, de dire la vérité avec mes photos, de documenter des moments importants et de sensibiliser ma communauté.

C’est comme ça que je procède : j’ai conscience d’occuper une place privilégiée et je l’utilise d’une manière saine et positive. La photographie et l’art sont mes outils. Il est de mon devoir de les utiliser, d’aider mon peuple à aller de l’avant et de donner l’exemple à la jeunesse noire.

En parlant de la jeunesse noire, dans quelle mesure penses-tu porter la voix de ceux qui admirent ton art, ou bien leur ouvrir la voie ?

Je privilégie le « travail bien fait » aux « belles paroles ». Je fais de mon mieux pour continuer à aller de l’avant et ne jamais me reposer sur mes lauriers. J’essaie toujours d’aller plus loin.

Pour les personnes noires, c’est difficile de pousser la porte des grosses entreprises américaines et d’accéder à certains secteurs. Et si l’on parvient à pousser la porte, c’est tout aussi dur d’atteindre des postes de pouvoir, offrant des opportunités et des ressources. Il est notamment difficile de créer des environnements sûrs dans lesquels on peut être soi-même.

En progressant dans ma carrière, j’essaie de donner l’exemple en montrant à la jeunesse noire qu’on peut obtenir des postes qui nous semblaient inaccessibles, et qu’il y a d’autres solutions pour s’en sortir. J’essaie d’être un nouveau modèle pour la jeunesse noire dans ce domaine.

Il y a de l’intemporalité et de la finalité dans la photographie. Comment choisis-tu la façon de capturer un moment ?

Je recherche simplement la vérité et l’émotion. Dans le basketball notamment, il y a tellement de moments que personne ne les remarque jusqu’à ce que quelqu’un les capture et les fige. J’ai grandi en jouant au basketball, et je sais que c’est un sport très capricieux. À chaque lancer de ballon, c’est comme si on essayait le geste pour la première fois. On a beau s’entraîner, on ne sait jamais si ce geste sera réussi ou si le ballon entrera dans le panier. C’est un sport très capricieux.

Ces instants de vulnérabilité sont très beaux à capturer, parce que c’est une émotion qu’on ressent, même en dehors du terrain. Quand je réfléchis à la seconde qui précède le déclic, tout ce que je veux, c’est capturer la vérité à ce moment-là.

“Quand je réfléchis à la seconde qui précède le déclic, tout ce que je veux, c'est capturer la vérité à ce moment-là.”

Au sujet de ces moments, il y en a de différentes sortes, notamment ceux où la pression est extrême et ceux qui font basculer la partie. Que se passe-t-il dans ta tête quand tu essaies de prendre la bonne photo pendant les moments clés ?

La première chose qui me traverse l’esprit, c’est de faire confiance à toutes ces heures consacrées à mon art, à toutes ces heures pendant lesquelles j’ai appris à prendre des photos, à gérer le timing et l’anticipation. Au basketball, on appelle ça la mémoire musculaire. C’est pareil. Je connais les gestes de certains joueurs, le flux et le reflux de la partie, et je sais que mon timing sera le bon à ce moment-là.

Au cours d’une journée normale, tu es toujours en déplacement, de chez toi à ton bureau, au studio et au terrain. Comment parviens-tu à équilibrer tout cela ?

Pour moi, l’équilibre est une forme d’art. Il faut utiliser son temps de manière créative. Bien sûr, avant toute chose, il faut distinguer ce qui est important de ce qui l’est moins. Après cela, je fais de mon mieux pour identifier ce à quoi je dois consacrer mon temps et mon énergie. J’essaie aussi de me rappeler de ne pas être trop rigide.

C’est important d’être flexible et de savoir s’adapter au quotidien, encore plus quand on est sans cesse dans la création. Pour maintenir un équilibre, je veille également à prendre du temps pour me reposer et me recentrer. Je prends du temps pour moi, pour ne pas travailler non-stop. C’est essentiel pour mon corps et mon esprit. La vie est extrêmement cyclique et il est important de réévaluer constamment ses processus pour s’assurer qu’ils nous apportent un véritable équilibre.

Il est également important de faire passer sa santé mentale et physique avant le reste pendant ces moments. Comment y parviens-tu ?

C’est une question de mentalité. L’esprit contrôle le corps. Pendant mes temps de repos, pour ma santé mentale, je me concentre plus sur ce que je reçois que sur ce que je donne. Je me concentre sur les choses que j’assimile : lectures, arts, nourriture et conversations. À l’ère de l’information et des réseaux sociaux, c’est très difficile, mais c’est impératif.

Je tiens cela de mon très bon ami Michael Uzowuru. Il y a aussi le fait d’apporter une réponse saine aux choses malsaines. Je me concentre vraiment là-dessus et ça m’aide beaucoup pour mon bien-être mental. On voit beaucoup de choses tous les jours, qu’il s’agisse des meurtres répétés de personnes noires ou de la pandémie et ses répercussions dans le monde. Le fait de voir toutes ces images sur nos téléphones ou nos ordinateurs peut provoquer ou accentuer des traumatismes. Je fais tout simplement de mon mieux pour avoir une réaction saine au fait de voir des choses malsaines ou d’interagir avec celles-ci.

Tu es un grand fan de sneakers, comme le prouvent toutes les Air Jordan qu’il y a dans ton appartement. Comment ton humeur change-t-elle en fonction du planning de ta journée et quel rôle cela joue-t-il dans ton choix de sneakers ?

Tout est une affaire de feeling. Chaque coloris a une histoire et une inspiration différentes. L’état d’esprit dans lequel on se réveille le matin peut être complètement différent d’un jour à l’autre. Je veux que mon apparence reflète ce que je ressens.

Je m’habille de bas en haut. Je choisis mes chaussures avant de choisir mes vêtements. Toute ma tenue dépend de mes chaussures. Parfois, je peux porter la même paire de chaussures pendant deux semaines d’affilée parce que je le sens comme ça. Tous ceux qui me connaissent savent que ce sont mes Union AJ1 que j’ai le plus portées l’année dernière.

L’idée de « Game Worn » renvoie généralement aux athlètes, mais y a-t-il des sneakers que tu as portées à des moments importants de ta vie qui comptent pour toi ? Représentent-elles quelque chose de spécial pour toi ?

Pour le premier match des Lakers après la mort de Kobe, j’ai porté ses premières sneakers signature avec Nike. J’avais le sentiment de devoir honorer l’opportunité et le privilège que j’avais de pouvoir photographier les Lakers, surtout ce jour-là. Je devais faire ce qui me semblait le plus authentique, c’est-à-dire m’exprimer à travers mes chaussures.

Pour cet article, tu portes une nouvelle silhouette Jordan qui symbolise l’histoire et la profondeur dont nous avons parlé. Quelle a été ta première impression quand tu as vu la Jordan Zoom 92, une chaussure qui reprend des éléments de la Air Jordan VII, de la Nike Air Max 180 et de la Nike Air Force V ?

La première chose que j’ai vue, ce sont les matières et la facilité avec laquelle elles se côtoient sur la chaussure. Il y a une cohésion intentionnelle entre les différents motifs et textures. Dès que j’ai enfilé les chaussures, j’ai senti le confort.

Pourquoi la Jordan Zoom 92 est-elle une bonne chaussure à porter au quotidien pour toi ?

Je peux la porter dans de très nombreux endroits. Je peux la porter pour sortir de chez moi, aller prendre l’air ou faire quelques photos. Je peux aussi la porter pour faire un tour de vélo dans le quartier. Elle est très polyvalente. C’est une chaussure parfaite pour tous les jours.

Nous traversons une période difficile sans précédent. Comment as-tu réussi à t’adapter et passer d’un mode de travail sans cesse en mouvement au fait de rester chez toi tout en restant créatif ?

Ça a commencé par un travail de réflexion, d’introspection radicale, même. Je n’ai pas pris beaucoup de photos ces derniers temps, mais j’ai parcouru mes archives et j’ai réfléchi sur mon travail. J’apprends de ces images. En 2012, ces images étaient aléatoires, le fruit de ce que je faisais pour essayer d’arriver à maîtriser mon appareil photo. Aujourd’hui, en 2020, certaines de ces photos répondent à un objectif précis, qui inspire mes idées créatrices actuelles.


La Jordan Zoom 92 sera bientôt disponible en Noir/Rouge université sur Jordan.com et chez certains revendeurs. Des coloris supplémentaires sortiront pour la collection automne 2020.

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