Texte : Kate Matthams Spencer

La rappeuse Lean Chihiro illumine la scène musicale parisienne avec son flow et son freestyle magnétiques. Immédiatement reconnaissable à ses coiffures originales, souvent teintées de rose, elle affiche un style très personnel qui s’inspire à la fois du sportswear, de la tendance kawaii et des animations japonaises.

Lean a grandi au contact de la musique et de l’art dans le quartier créatif du Marais. Elle attribue à ce quartier de Paris une partie du mérite pour son parcours et l’artiste qu’elle est devenue aujourd’hui. Encouragée par sa mère à développer ses propres goûts, elle aime partager sa vision avec sa communauté de fans et désire créer de la musique qui parle à tous.

En fréquentant le terrain de sport de son quartier, Lean a compris très tôt que le football a un pouvoir incroyable sur les relations sociales. Pour Lean, les Parisiens deviennent plus ouverts et enthousiastes les jours de match.


Quelle a été l’influence de ton quartier sur toi ?

Ma famille a déménagé dans le Marais quand j’étais petite, et j’ai donc grandi au contact de nombreux styles et expressions artistiques différents. Je me suis intéressée à la musique, à la photographie et aux vêtements. Après avoir vécu dans des quartiers plus prolétaires, l’arrivée dans le Marais était un peu comme entrer dans un parc d’attraction. Tout était si nouveau et si attirant, mais aussi extrêmement moderne en même temps.

Qu’est-ce qui rend ce quartier de Paris si unique d’après toi ?

Pour commencer, son histoire est plutôt intéressante. Au départ, il s’agissait d’une zone marécageuse, d’où le nom de « Marais », mais aujourd’hui, c’est l’un des quartiers les plus branchés de Paris. Il a une âme. Les vieux bâtiments qui s’y trouvent sont tous penchés et les rues sont étroites. Ce que j’aime avec Paris, c’est la variété des paysages que l’on découvre en passant d’un quartier à un autre.

Quelle est ton histoire avec les Air Jordan ?

J’adorais les Air Jordan quand j’étais gamine et mon père en était particulièrement fan. Il refusait de m’en acheter tant que mes pieds n’avaient pas fini de grandir. J’étais donc très impatiente d’arriver à l’adolescence pour avoir ma première paire. J’ai eu des Air Jordan IV à 13 ans, et je les aime encore.

Tu as démarré toute seule et tu faisais tes propres vidéos au départ. Comment as-tu découvert et développé ton esprit créatif ?

C’est grâce à ma mère. Elle avait été mannequin, mais elle préférait prendre des photos et faisait preuve d’une créativité incroyable. Quand on était petits, on dessinait, on peignait, on écoutait de la musique et on dansait. Elle voulait développer notre créativité au maximum. Mon père faisait de la musique, et j’allais au studio avec lui quand j’étais gamine. Je trouvais tout cela très mystérieux. Je pense que j’ai toujours été très motivée à faire de nouvelles expériences. Si selon moi, il manquait quelque chose, il fallait que je le crée.

“Le football joue un rôle de premier plan dans notre culture. Pendant les matchs, on fait la fête tous ensemble.”

Ta musique est tout aussi intrépide. Comment décrirais-tu ce que tu essaies de transmettre ?

Je communique ma façon de voir les choses, mais de telle manière que même ceux qui n’adhèrent pas à mes idées puissent apprécier. Je fais de la musique pour partager mes idées et j’aime que les gens partagent les leurs en retour ou qu’ils m’envoient des messages pour me dire qu’ils sont sensibles à ce que fais.

Je me dévoile vraiment dans mes chansons. Je pense que c’est formidable de pouvoir communiquer grâce à l’art. Un artiste est peu de chose sans les personnes qui le soutiennent, et c’est une source de motivation incroyable pour moi.

Que représente la ville de Paris pour toi et comment la portes-tu avec toi partout où tu vas ?

Je me sens parisienne surtout quand je voyage. On a ces comportements typiquement parisiens, sans même s’en rendre compte. C’est seulement quand on s’en va et que les gens disent : « oh, on voit que tu viens de Paris ». Là, on réalise.

Paris est une ville si particulière. Elle est grande, mais cela ne t’empêche pas de rencontrer des gens que tu connais, ce qui n’arrive pas dans des villes comme L.A., où tout est si vaste qu’on passe tout son temps en voiture. À Paris, on marche beaucoup et même si je n’aime pas particulièrement prendre le métro, j’ai pour lui une certaine affection. J’aime jusqu’à la forme de Paris et la disposition des arrondissements en spirale, comme la coquille de l’escargot.

Quelle a été l’influence du PSG, du football et de la culture foot sur ton style et ta vie ? 

Le football joue un rôle de premier plan dans notre culture. Pendant les matchs, on fait la fête tous ensemble. On n’est pas toujours comme ça, à Paris ! L’an dernier, c’était incroyable. Je n’avais encore jamais vu les Parisiens aussi exubérants ! Quand on a gagné, les gens s’embrassaient dans la rue.

J’ai toujours adoré les vêtements sportswear. Je pense que la mode s’est un peu libérée de ce côté-là. Maintenant, même les grandes maisons se mettent à faire des sneakers et des survêtements. Avant, on ne pouvait pas se présenter dans des lieux huppés avec des vêtements sportswear. Maintenant, on ne te regarde plus de travers si tu portes un sweat à capuche.