Photographies : Phillip T. Annand et Jessica Lehrman

Après l’entrée en vigueur du confinement aux États-Unis, Phillip T. Annand et Jessica Lehrman se sont retrouvés chez eux, à Los Angeles, à se demander quoi faire. En tant que créatifs indépendants, ils ont alors décidé de lancer leur premier projet en collaboration, Landa Conservatory, pour inspirer la sérénité pendant cette période agitée.

Décrit comme « L’endroit le plus paisible d’Internet », Landa Conservatory bénéficie d’une présence sur YouTube et Instagram, déclinée en vidéos méditatives mêlant des portraits de la nature et des compositions musicales originales. Fruit du regard de photographe de Jessica et du talent de Phillip dans le design, Landa Conservatory est devenu un refuge insolite pour tous ceux qui veulent échapper au déferlement constant d’informations dans le monde moderne.

Le savoir-faire de Phillip et Jessica dans le lancement de nouveaux projets créatifs n’est plus à démontrer. Phillip a créé et conceptualisé de nombreux « univers » dans les secteurs du design et de la musique, notamment le Madbury Club, un collectif créatif de Brooklyn. Jessica est une photographe documentaire qui se consacre à la culture et aux mouvements underground. Elle a effectué des projets prestigieux pour le compte de divers clients, dont le New York Times et Rolling Stone. Tous deux ont grandi avec des passe-temps manuels : Phillip fabriquait des choses dans la banlieue du New Jersey, tandis que Jessica immortalisait la vie en road trip avec sa famille. Tandis que leurs valeurs les ont guidés naturellement vers un projet comme Landa Conservatory, ils imaginent un avenir où leurs œuvres créatives continueront à se conjuguer avec la nature et l’écologie.

Pour fêter la sortie de la collection Jordan Crater de Jordan Brand, qui propose des chaussures axées sur le développement durable et des méthodes de conception futuristes, nous avons recueilli les propos de Phillip et Jessica sur divers thèmes, dont Landa Conservatory et leur collaboration.

Comment est née l’idée de Landa Conservatory ?

Phillip T. Annand : comme le reste du monde, avec l’entrée en vigueur du confinement, nous nous sommes demandé quoi faire de notre temps libre. Nous nous considérons très chanceux de vivre dans un coin de nature unique, ici à Los Angeles, et nous éprouvions une certaine responsabilité à partager cet espace avec des gens confrontés à l’isolement.

De plus, il est difficile de se soustraire à la déferlante des médias, plates-formes et contenus divers. Nous voulions donc créer quelque chose qui s’écartait de cette tempête. Créer quelque chose de calme. De spontané. À vrai dire, le lancement de Landa a eu un effet apaisant sur nous.

Jessica Lehrman : nous avons toujours eu du mal à travailler sur des projets ensemble, car nous avons tous les deux un caractère dominant et nous avons l’habitude de faire les choses à notre façon. La distanciation physique et le confinement ont été une expérience incroyablement intense, mais cela nous a également permis d’explorer de nouvelles façons de collaborer. Landa est le résultat naturel de ce que nous vivions.

Comment se déroule la création de chaque vidéo ? Comment êtes-vous arrivés à ce croisement entre la musique, les citations, les visuels et la végétation ?

Jessica : nous sortons ou nous allons nous promener dans les environs et nous marchons lentement, à l’affût de petits moments ou compositions magiques. En somme, nous allons cueillir dans la nature des moments de méditation.

Phillip : j’aime écouter des compositions d’ambiance quand nous tournons des vidéos, pour donner également du rythme au processus. La musique exerce un incroyable pouvoir guérisseur. Il était donc important de l’intégrer dès le départ.  Nous avons la chance d’avoir des amis musiciens doués, qui étaient eux aussi confinés et cherchaient à s’occuper. Nous nous demandons sans cesse comment dire moins de choses dans ces vidéos. Comment réduire la demande envers les spectateurs ? Même avec les citations et les visuels, elles doivent donner l’impression qu’elles vous attendront toujours si vous décidez de revenir passer un moment de calme avec elles.

Jessica : d’autant qu’elles vivent sur Instagram, si vous vous abonnez au compte, elles agissent comme un rappel qui vous invite à vous recentrer.

Qui fait quoi lors du processus créatif ?

Phillip : Jess filme les vidéos et se charge de tous les appareils. Je reste légèrement en retrait et je choisis les lieux et petits mondes sur lesquels nous pouvons nous concentrer. Jess possède un talent visuel exceptionnel dans la composition d’instants et d’images. Je m’occupe de la post-production, des visuels et du montage.

Dans le passé, vous avez tous les deux évoqué vos expériences individuelles et collectives, comme les road trips en famille, les voyages, la traversée du pays et, d’une manière plus générale, une existence itinérante. Quels rôles jouent la nature, la méditation et le développement durable dans vos vies ?

Jessica : quand j’étais jeune, on voyageait beaucoup et on allait de ville en ville dans tout le pays. À une époque, ma famille avait adopté un mode de vie entièrement nomade et on vivait dans un camping-car. J’ai passé une grande partie de mon enfance à visiter les parcs nationaux et à explorer la nature. J’ai la chance qu’on m’ait inculqué un profond respect pour les espaces naturels et qu’on m’ait appris à considérer la nature comme un remède. Landa Conservatory m’a permis de renforcer ces enseignements, tout en découvrant sous un jour nouveau les propriétés magiques des terrains avoisinants à Los Angeles.

Phillip : dans ma jeunesse, j’ai passé la majeure partie du temps en plein air, à faire du camping et à construire des choses de mes propres mains. J’en profite pour souligner les privilèges que nous avons tous les deux, non seulement d’avoir grandi dans ces conditions, mais aussi de pouvoir évoquer chez nous le développement durable, par le prisme des sneakers et des vidéos de méditation. Je ne le dirai jamais assez : tous nos comportements individuels doivent rapidement évoluer pour sauver notre planète. Nous avons eu la chance de grandir à une époque où ces considérations ne représentaient pas une réalité pressante, d’une manière générale. Cela évoque en moi une immense gratitude, mais également une responsabilité pour trouver des moyens de permettre aux prochaines générations de vivre une expérience similaire.

L’initiative Move To Zero lancée par Nike et cette collection Jordan Crater s’articulent intégralement autour du développement durable et des méthodes de conception futuristes. Sachant que cette expression peut désigner toutes sortes de notions, quelle est votre définition du développement durable ?

Phillip : actuellement, le « développement durable » est utilisé comme une expression à la mode, d’une manière à la fois prometteuse et floue. Dans un certain sens, il est rassurant de constater l’adoption de ce concept dans tant de secteurs, mais ce concept reste assez vague. Chaque personne a sa propre définition. Selon moi, nous vivons une époque sans précédent. Notre planète est littéralement au bord de la catastrophe. Nous avons tous une responsabilité personnelle qui nous impose d’effectuer un état des lieux minutieux, puis d’évaluer l’effet de nos actions sur la situation actuelle et de réfléchir aux changements de comportement à encourager, localement et rapidement. C’est aujourd’hui qu’il faut agir, pas demain.

Jessica : chaque jour, nous échangeons tous les deux au sujet des changements que nous tenons à apporter à nos vies en faveur de la planète que nous aimerions léguer à nos enfants et nos familles. Il s’agit d’une conversation très complexe. Je ne peux dire quels contours exacts notre action prendra, mais nous sommes déterminés à adopter un mode de vie résolument plus local.

En quoi votre domicile sert-il de sanctuaire à vos projets créatifs, notamment Landa Conservatory ?

Phillip : nous avons l’immense chance de vivre dans une petite vallée verdoyante, qui existe presque dans son propre écosystème. Le premier propriétaire et constructeur de ce domaine a mis tout son cœur pour le bâtir, à la main, en l’arrachant à un flanc de colline en 1948. Nous nous considérons vraiment comme les intendants de cette terre et du patrimoine qu’il a légué. Nous voulons poursuivre l’expansion de notre communauté et continuer à partager l’espace avec nos voisins.

Jessica : nous vivons vraiment à flanc de colline, dans des matériaux de construction recyclés, tels que des carreaux, du bois et du ciment abandonnés, couverts de plantes. Le fait qu’une personne ait consacré sa vie à faire de cet espace une réalité nous rappelle chaque jour d’utiliser notre temps et notre créativité pour continuer à créer des espaces et des projets qui renvoient l’ascenseur aux environnements que nous occupons.

Vous avez tous les deux mené de nombreux projets créatifs avant cette initiative. En quoi Landa Conservatory s’inscrit-il naturellement dans votre progression créative ?

Jessica : mes travaux se sont toujours appuyés sur les circonstances de l’instant. Je photographie les manifestations quand elles ont lieu. Je prends en photo les rappeurs au fil de leur ascension. En général, je photographie des sujets importants au cœur de l’instant. Il s’agit d’une idée découlant de notre propre énergie plutôt que de circonstances externes. Cela reflète notre humeur.

Phillip : ce qui rend une journée stimulante, c’est le potentiel résidant dans l’exécution d’une nouvelle idée. À mesure que nous évoquons ces immenses concepts grandioses concernant le développement durable, il est utile de placer certains de ces concepts et idées dans leur contexte, en se demandant par exemple à quoi sont consacrés notre temps et nos efforts. Les projets que nous réalisons correspondent aux actions que nous voulons voir dans le monde. Landa Conservatory émane indéniablement de cet état d’esprit.

Vous expliquez qu’il s’agit d’une de vos premières collaborations. Quel regard portez-vous sur l’état actuel de votre partenariat créatif ?

Jessica : j’adore collaborer avec Phil, parce que j’ai l’impression de suivre un processus qui nous aide à mieux nous comprendre mutuellement. C’est difficile, mais très gratifiant. Quand je regarde nos vidéos Landa, je suis étonnée et admirative en me disant que nous les avons créées ensemble. J’en suis très fière.

Phillip : nous sommes toujours là et c’est le meilleur état possible ! Nous collaborons chaque jour en coexistant simplement. Parfois, c’est chaotique ou compliqué, mais en définitive, nous essayons simplement de poursuivre notre progression chaque jour et de concrétiser des idées reflétant nos valeurs.

Vous affichez tous les deux un style hors du commun, y compris en matière de sneakers. Que pensez-vous de la collection Jordan Crater ?

Phillip : je suis fan de sneakers depuis que je suis enfant, et c’est aussi enthousiasmant qu’admirable de voir Jordan Brand s’engager dans l’utilisation de matières recyclées. Il s’agit d’une nouveauté importante pour la marque de sneakers la plus célèbre dans son domaine. En raison de la météo californienne, j’adore les sandales et j’adhère donc entièrement à ce projet. J’apprécie également les références Nike Footscape subtiles, ainsi que le laçage latéral asymétrique de la Crater.

Jessica : Phil et moi avons une approche différente en ce qui concerne notre style, et je dirais que je suis très pragmatique. Si un vêtement est confortable, je me moque presque de son aspect. Je le porte tous les jours. Il existe un nombre infini de nouvelles chaussures disponibles dans le monde et certaines contribuent aux quantités croissantes de déchets que nous produisons sans raison. Je soutiens la fabrication à l’aide de matières recyclées et la contribution de cette approche à un avenir meilleur et plus durable. Cela suffit à me convaincre de leur caractère exceptionnel. Je m’efforce d’acheter la plupart de mes vêtements d’occasion, mais si j’acquiers du neuf, je souhaite que les articles contribuent à nous rapprocher d’un avenir plus progressiste.


La Jordan Crater et la Crater Slide seront disponibles en Europe pendant toute la saison automne 2020, à partir du 3 septembre.