Texte : Khalila Douze

Photographie : Aïda Dahmani


La curiosité, c’est ce qui guide Nadia Nadim dans tout ce qu’elle fait. C’est ce qui a conduit la star du Paris Saint-Germain de 32 ans à taper pour la première fois dans un ballon de football dans un camp de réfugiés au Danemark, après que sa famille a fui l’Afghanistan. Sa curiosité l’a conduite à terminer le lycée, à devenir pro et à explorer diverses opportunités à travers le monde.

Après avoir démarré sa carrière en beauté au sein des plus grands clubs de football danois, Nadia a joué pour l’équipe nationale du Danemark et a marqué l’histoire en étant la première personne de couleur à rejoindre cette équipe. Elle a ensuite joué pour des équipes américaines, les Sky Blue du New Jersey et les Thorns de Portland, et pour l’une des meilleures équipes européennes, Manchester City, avant d’occuper son poste actuel au PSG.

La capacité de Nadia à vivre de nouvelles expériences est tout aussi exceptionnelle que ses capacités à apprendre les langues. Elle en parle sept, dont l’hindi, qu’elle explique avoir appris en regardant des films de Bollywood. « Je ne trouve pas que ce soit difficile d’apprendre quoi que ce soit », affirme-t-elle avec assurance lors d’un appel vidéo depuis Paris. « Il suffit de savoir comment on apprend. »

Rien d’étonnant alors que Nadia ne soit plus qu’à un semestre d’obtenir son diplôme de chirurgie réparatrice, une carrière médicale motivée par sa volonté d’être créative et d’aider les autres.

Nommée Championne de l’UNESCO pour l’éducation des filles et des femmes en 2019 et ambassadrice de bonne volonté pour le Conseil danois pour les réfugiés, Nadia Nadim est une femme d’exception. Sa curiosité est guidée par l’empathie et cela transparaît dans tout ce qu’elle fait.

Nadia parle ici de sa vie, de sa carrière et de la nouvelle collection capsule Jordan Brand qu’elle présente, créée en collaboration avec le Paris Saint-Germain.


Tu as tellement de casquettes : athlète, militante, ambassadrice et étudiante en chirurgie. Comment tu te décrirais ?

C’est vraiment difficile de me décrire d’une seule manière, parce que je veux être tellement de choses. Depuis que je suis toute petite, on m’a toujours mise dans des cases et collé des étiquettes. On m’a dit : « Tu peux seulement être footballeuse ». Mais je ne fais pas attention à ces remarques. Je fais ce que j’aime faire et je donne le meilleur de moi-même. Et la plupart du temps, ça marche. Si je devais me décrire en un seul mot, je dirais que je suis curieuse. Je suis vraiment reconnaissante de pouvoir toujours repousser mes limites et essayer de nouvelles choses. Je m’efforce d’être la meilleure version de moi-même, non pas dans un seul mais dans plein de domaines différents.

Depuis l’arrêt de la saison à cause de la pandémie, qu’est-ce que tu as fait cette année ?

Ça n’a pas été facile, parce qu’on avait de gros matchs en perspective, mais c’est comme ça. J’ai pu passer un peu de temps avec ma famille, ce que je n’arrive pas forcément à faire d’habitude. J’ai passé du temps avec ma maman dans son jardin, et j’ai appris de nouvelles choses comme le jardinage, la menuiserie et la peinture. Pour être honnête, j’ai vraiment apprécié. Quand tu es loin, tu passes à côté de ces petits moments en famille.

“Je m'efforce d'être la meilleure version de moi-même, non pas dans un seul mais dans plein de domaines différents.”

Reprenons depuis le début. Comment as-tu commencé à jouer au football ?

J’ai commencé à jouer au football quand je suis arrivée au Danemark en 2000. On est arrivés en tant que réfugiés, dans un camp de réfugiés. Le camp était proche de ces terrains incroyables utilisés par un club de football dans la partie nord du Danemark. Je voyais d’autres enfants danois s’entraîner sur le terrain, et c’était génial à regarder. Je crois que c’était le destin. C’est comme ça que j’ai découvert le football.

On faisait nos propres petits matchs de football dans le petit pré qui se trouvait dans le camp. Je jouais avec des enfants qui avaient vécu la même chose que moi et qui venaient de différents pays. On voulait oublier tout ce qui s’était passé et juste s’amuser. On était là pour huit mois, et on a pu redevenir des enfants. On était en sécurité. Petit à petit, j’ai voulu m’entraîner correctement. Je voulais faire partie d’une équipe, et pas à pas, j’en suis arrivée là.

Dans tes souvenirs, quelle a été la partie la plus difficile à vivre en tant qu’immigrée ?

Tout a été difficile : les raisons pour lesquelles tu laisses derrière toi ta maison, ton pays, tes amis et ta famille. Au-delà du voyage en lui-même, tu ne sais pas du tout ce qui t’attend. C’est une sensation horrible.

Quand on est finalement arrivés au Danemark, on recommençait tout à zéro. J’avais 11 ou 12 ans, mais au Danemark, j’en avais pour ainsi dire 0. Je ne parlais pas la langue. Je ne connaissais rien à la culture danoise. On n’avait rien. Je me suis toujours vue dans une course, parce que je me sentais tellement à la traîne au début. La vie est une course, et tu te dis que tu veux être la meilleure.

Comment est-ce que tes expériences en tant que réfugiée et tes voyages pour ta carrière de footballeuse ont façonné ta manière de comprendre les cultures et l’identité ?

J’ai eu la chance de voyager dans différents pays et de découvrir de nouvelles cultures. À chaque fois que tu découvres une nouvelle culture ou une nouvelle langue, ça te permet de créer un lien plus fort avec d’autres êtres humains. Tu comprends mieux le monde qui t’entoure.

Je l’ai déjà raconté, mais mon grand-père m’a dit un jour : si tu parles une langue, tu es une personne. Si tu parles deux langues, tu es deux personnes. Cet état d’esprit fait de moi une personne plus compréhensive et plus empathique. L’éducation de manière générale est la clé pour résoudre beaucoup de problèmes actuels dans le monde.

Pourquoi est-ce que tu as décidé de faire des études de médecine et plus particulièrement de chirurgie réparatrice ?

Il y a trois raisons très simples à ça. L’une d’elles, c’est que je connais la valeur de l’entraide et ce que ça représente pour quelqu’un dans le besoin. Je veux être en position d’aider les autres. Deuxièmement, la chirurgie esthétique et réparatrice est une branche plus créative de la médecine. Ça permet de travailler dans différentes zones du corps. La troisième raison, c’est que tu peux gagner beaucoup d’argent. L’argent a beaucoup de pouvoir, et si tu en as les moyens, tu peux aussi aider d’autres personnes.

Est-ce qu’on peut comparer un match de football et une opération chirurgicale ? Les différences sont assez évidentes, mais quels sont les points communs d’après ton expérience ?

En fait, je trouve qu’il y a beaucoup de points communs entre les deux. Le premier, c’est la pression. J’adore ça. Jouer au football à haut niveau, ça implique beaucoup de pression, surtout maintenant que je joue au PSG. Tu dois gagner des matchs. Toute ma vie, j’ai grandi avec cette pression. C’est la même chose en médecine ou dans une salle d’opération. Tu as la pression. Tu n’as pas le droit à l’erreur.

Bien sûr, il y a plein d’autres facteurs aussi. Ces deux domaines nécessitent de la discipline et du professionnalisme, des qualités importantes. Tu t’entraînes pour être à ce niveau, et tu dois te préparer correctement pour les matchs. En médecine, tu dois aussi savoir ce que tu vas faire et comment tu vas t’y prendre. Et bien sûr il y a l’adrénaline.

Représenter le Paris Saint-Germain, ce n’est pas rien. Aujourd’hui, tu présentes également la nouvelle collection Jordan Brand x PSG. Qu’est-ce que tu penses de ce partenariat de manière générale ?

Je trouve que c’est énorme. MJ est une vraie légende, alors le fait d’avoir le Jumpman sur nos maillots, ça les rend encore plus exceptionnels. J’aime le fait qu’on va être uniques et différentes. Quand tu vois nos tenues comparées à celles des autres équipes, tu te dis : « Ouais, on a vraiment quelque chose de différent ». La pièce que je préfère dans la nouvelle collection, c’est le pantalon doré avec Paris marqué dessus. J’aime tous les vêtements qu’on reçoit du PSG. Tu ne gardes pas toujours tout ce que tu reçois d’une équipe, mais mes articles Jordan x PSG, j’ai envie de toutes les garder !


La nouvelle collection Jordan Brand x Paris Saint-Germain est disponible à partir du 10 octobre sur Jordan.com et chez certains revendeurs dans le monde entier.