Reina Koyano, illustratrice et créatrice, nous accueille dans son appartement de Los Angeles avec un enthousiasme manifeste. Elle semble trouver inouï que quelqu’un se soit déplacé jusque chez elle, dans un appartement qui lui sert également d’atelier, pour l’interviewer et la prendre en photo.

De mon côté, je promène les yeux sur son atelier comme si j’étais au musée. Suspendus au plafond ou sous formes de figurines, les personnages féminins de Reina Koyano sont vêtus de robes, des robes inspirées de sneakers emblématiques, dont de nombreuses Jordan.

J’étais impatient d’en savoir plus sur son parcours, ses passions et comment elle vit sa soudaine notoriété. Je voulais aussi lui dire combien j’admire son travail.

Rembert: Pourquoi avez-vous choisi de vivre à Los Angeles ? Qu’est-ce qui vous a attirée ici ?

Reina: J’ai passé du temps dans l’état du Missouri, en plein Midwest américain. J’ai étudié là-bas pendant quatre ans. Après mes études, j’ai essayé de devenir dessinatrice publicitaire. Au début, je voulais me baser à New York. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour trouver du travail, mais rien à faire. Personne ne voulait de moi. C’était vraiment difficile, parce que j’étais une étudiante étrangère. Pour finir, j’ai parlé à une amie de Los Angeles, qui m’a dit de la rejoindre pour tenter ma chance ici.

Rembert: Et vous n’êtes plus jamais repartie ?

Reina: Je suis tombée amoureuse de cette ville. Alors j’ai décidé de rester.

Rembert: Comment êtes-vous passée de l’illustration publicitaire à une production plus artistique mettant en scène des chaussures ? Avez-vous toujours été fan de sneakers ? Ou bien est-ce une paire en particulier que vous avez vue un jour et qui vous a inspirée ?

Reina: J’ai toujours adoré les sneakers, mais je continue à travailler pour le commerce en général en tant que visual designer. Au départ, mon boulot sur les sneakers, c’était un peu mon hobby. Ma passion, c’était surtout les images de pin-ups.

Rembert: Pouvez-vous m’en dire plus ?

Reina: C’est un style et une culture qui m’ont toujours fascinée. Quand je suis arrivée à L.A., je me suis de plus en plus intéressée aux sneakers, je ne sais pas pourquoi. J’aimais bien les regarder et les porter, mais ce n’était pas une obsession. Et puis un jour, je suis entrée dans un magasin spécialisé vers Melrose Avenue.

Rembert: Et là ?

Reina: L’endroit m’a complètement soufflée. Voir les gens se rencontrer pour parler de sneakers et des raisons pour lesquelles elles avaient pris tant de place dans leur vie, c’était extraordinaire. J’ai réalisé à quel point les racines de cette culture sont profondes, et qu’il existe mille et une façons de voir les sneakers.

Rembert: Quel était le sujet de votre première illustration ?

Reina: La Jordan 1 Chicago. Ce modèle, en gros c’est de la lingerie Jordan, c’est comme un costume. C’était un super modèle qui m’a beaucoup inspirée, mais après, j’ai commencé à me demander ce que je pourrais produire à partir d’autres chaussures. Et je me suis lentement intéressée à l’histoire de chaque sneaker, et au concept qui se cache derrière. Mais également aux personnes à l’origine de sa création, que ce soit le designer lui-même ou la personne qui a inspiré la chaussure.

Rembert: Parmi les personnes que j’interviewe (ou que je rencontre en dehors du travail), au-delà de leur passion pour le sport, je remarque que beaucoup vouent une fidélité absolue aux Jordan.

Reina: Ce nom fera toujours partie intégrante de la planète sneaker. Quand on voit une paire de Jordan, on pense immédiatement à toutes les qualités du joueur qui l’a inspirée : force, volonté de gagner, discipline, intégrité et entraînement acharné.  Ça en dit long sur l’impact à long terme d’une conception réussie.

Reina (poursuit) : Dans les années 80 et 90, lorsque la carrière de Michael Jordan était à son summum, chaque sortie d’un modèle Jordan faisait sensation.  Et l’importance de chacun d’entre eux augmentait parallèlement aux exploits de Michael Jordan.  La Jordan 3 Cement, un succès.  La Jordan 11 Concord, pareil.  À chaque fois, l’audace exprimée influençait la mode.  Tout naturellement, les jeunes emboîtaient le pas de leur héros.

Quand un garçon de 13 ans enfilait sa première paire de Jordan, le message était clair : sur son nouveau piédestal, il accédait à un statut particulier.  C’est le genre de souvenir qui reste net toute une vie.  Aujourd’hui encore, cet héritage est bien vivant, et son impact se fait sentir partout dans le monde, inspirant toujours de nouvelles personnes (y compris moi).  Cette marque efface par sa grandeur toutes les frontières entre les sexes, les origines et même les époques. C’est aussi pour ça que j’adore porter mes Jordan.

Rembert: Pouvez-vous nous parler un peu du coloris Satin Shattered Backboard et de ce qui a mené à sa création ? Et comment ce modèle/coloris a-t-il influencé votre production artistique ?

Parmi toute la collection Jordan pour femme, c’est celui qui me fascine le plus.  C’est énorme que les filles soient les premières à pouvoir se procurer ce coloris, mais en réalité ça va bien au-delà.  Le coloris original est inspiré du maillot que portait Michael Jordan lors d’un match amical en Italie en 1986, quand il a brisé le panneau de verre derrière le panier avec un dunk mémorable.

Les femmes ont une force cachée.  Ces dernières années, elles sont enfin arrivées à se faire entendre, et à faire éclater les murs invisibles et les plafonds de verre qui les retenaient auparavant.  Mon illustration représente la sneaker sous la forme d’une boxeuse qui envoie un coup de poing, brisant le mur de verre qui se dresse devant elle. Si c’était une vidéo, les éclats de verre traverseraient l’air lentement, et son short en satin brillerait dans la lumière des projecteurs.

Rembert: Ouah.

Reina: Je l’imagine intrépide et inarrêtable.  Elle est entièrement concentrée sur ce qu’elle fait et elle garde la tête haute devant les enfants qui l’admirent. Le coloris original incarne la légende de Jordan, qui n’a eu de cesse de dépasser les limites et d’éblouir.