Texte : Johnell Gipson

Photos : Ro.lexx

Photographe et prodige des arts visuels, Ro.lexx est connue pour l’esthétique colorée de ses œuvres et ses cheveux bleu électrique. Ce style capillaire est certes le reflet de son style personnel, mais Rolexx se distingue avant tout par l’authenticité de ses clichés et son rapport avec ses sujets. Son talent crève les yeux, que ce soit sur les couvertures d’album, les clips musicaux, les éditos ou les campagnes publicitaires, notamment la campagne Air Jordan 11 Concord en 2018 avec Victor Oladipo.

Si dès son plus jeune âge, Ro.lexx s’approprie déjà l’appareil photo de son père, sa vocation de photographe ne lui vient que plus tard. Tout au long de son enfance à Long Beach, elle rêve de suivre les traces de sa soeur, en devenant joueuse de softball. Avec une bourse universitaire en poche, son destin semble tout tracé. Le sort en décidera autrement. En dernière année de lycée, une blessure vient mettre un terme à sa carrière naissante, et Ro.lexx doit se réinventer. Elle ne tarde pas à se tourner vers la photographie, déjà consciente que l’alchimie entre elle et ses sujets sera la clé du succès. Les réseaux sociaux lui permettent alors d’entrer en contact avec ses premiers clients et collaborateurs. Parmi eux, certains des artistes les plus influents des scènes pop, hip-hop et R&B. Le reste appartient déjà à l’histoire, mais à 23 ans, Ro.lexx est loin d’avoir terminé d’écrire la sienne.

À l’occasion de la sortie des coloris bleus de la Air Jordan 1 High Tie-Dye et de la Air Jordan 11 Low, nous avons demandé à Ro.lexx de réaliser quelques auto-portraits, sneakers aux pieds. Elle en profite pour nous expliquer comment ses années softball lui ont apporté les qualités nécessaires pour réussir dans le milieu artistique. D’ailleurs, la 11 a été sa toute première Air Jordan. Un signe du destin ?


Tes fans te connaissent pour tes photos, mais la plupart d’entre eux ne savent pas que le softball était en fait ta première passion. Quel rôle le sport a-t-il joué dans ta vie ?

Quand j’étais jeune, je passais mon temps à faire du sport, et c’était tout ce que je faisais. Je n’avais pas de vie au-delà de ça. J’étais la plus jeune de trois filles, et déjà toute petite, je voyais mes sœurs jouer au softball. Mon père était, quant à lui, entraîneur de football américain au collège et au lycée de mon quartier. Je faisais mes devoirs pendant ses entraînements, et j’ai donc été élevée avec ce type de discipline. J’ai grandi dans l’univers du sport.

Il y a une certaine fierté à être un athlète. Pour exceller, il faut travailler dur. C’est cette même conscience professionnelle que j’applique dans tout ce que je fais aujourd’hui. Lorsque je me suis lancée dans la photographie, les gens étaient impressionnés parce que je livrais mes clichés le jour même de la séance photo. J’étais à ce point motivée et enthousiaste.

L’effort ne me fait pas peur. Par exemple, lorsque je travaille avec un athlète lors d’une séance photo, je cours littéralement à ses côtés pour m’assurer que les photos sont parfaites. À la fin de ces séances, j’ai l’impression de m’être entraînée toute la journée au softball.

À propos d’athlète, tu as photographié Victor Oladipo pour la campagne AJ 11 Concord, il y a presque deux ans. Tu nous en dis un peu plus là-dessus ?

C’était la première fois que je travaillais en collaboration avec Jordan. La séance s’est déroulée en studio, chose à laquelle je n’étais pas habituée à l’époque. Je savais que ce serait une nouvelle expérience pour moi. La réalité te saute aux yeux lorsque tu photographies un sujet, surtout lorsqu’il a du talent. Tu n’as parfois que 20 minutes pour boucler la séance. J’avais vraiment hâte. Je suis honorée et reconnaissante de pouvoir faire ce travail.

Tu avais un parcours prometteur dans le softball. Comment décrirais-tu le chemin qui t’a menée à la photographie ?

Mon père n’aimait pas prendre l’avion, donc on sillonnait le pays en voiture pour assister à mes tournois de softball. Un été, nous avons fait l’aller-retour entre la Californie et la Caroline du Nord. Il venait d’acheter un appareil photo de très bonne qualité. J’ai commencé à prendre des photos parce que je n’avais rien d’autre à faire durant le voyage. Au cours de mon année de terminale, j’ai commencé à éditer les photos, à laisser libre cours à ma créativité et à proposer mes services autour de moi.

C’est cette année-là que je me suis blessée et que ma carrière de softballeuse a pris fin. Après cela, j’ai commencé à travailler et j’avais deux boulots différents pour pouvoir m’offrir de meilleurs appareils photo. Je ne savais même pas qu’on pouvait vivre de la photographie. Pour moi, c’était un hobbie.

À cette époque-là, je n’étais vraiment pas épanouie dans ma vie. J’arrivais au travail à 8h et j’en repartais à 20h. J’avais l’impression d’avoir perdu ma journée, comme si je n’avais rien apporté au monde. Alors un jour, j’ai décidé de démissionner de mes deux emplois et de trouver ma voie.

Y a-t-il des parallèles entre les obstacles que tu as dû surmonter en tant que femme durant ta carrière sportive et aujourd’hui, en tant qu’artiste ?

Les gens ont tendance à remettre ta légitimité en question, dans le monde du sport et dans celui de l’art. Ils doutent de tes capacités. Les clients font en général davantage confiance aux hommes. En tournée, l’expérience est également différente lorsqu’on est une femme. Durant ma première tournée en tant que photographe, j’étais la seule femme au sein d’un groupe de 16 personnes. Ç’a été difficile. J’ai dû apprendre à ne pas prendre les choses trop à cœur. C’était la même chose dans le sport. Par exemple, quand un coach te crie dessus juste pour t’inculquer quelque chose.

Les femmes offrent un point de vue tellement précieux, et sont généralement plus réceptives aux expériences des autres. Nous proposons des réflexions et des idées que d’autres n’ont pas forcément.

Quand tu étais enfant, qu’est-ce que ça représentait pour toi de posséder une paire de Air Jordan ?

Je n’ai pas eu de Jordan avant ma première année de lycée. Je ne les portais même pas à l’école. Elles représentaient la concrétisation de tous mes efforts, puisque je les avais payées avec mon propre argent. Mes parents ne nous achetaient rien d’onéreux, et je devais me payer moi-même les choses qui me faisaient vraiment envie. Je ne les portais même pas. Elles restaient dans leur boîte. Je les traitais avec un certain respect.

Parmi les modèles classiques de Air Jordan, en existe-t-il un qui soit particulièrement important pour toi ?

La Air Jordan 11 a toujours été ma préférée. Elle a une signification particulière pour moi, parce qu’elle est liée à mon parcours. C’est la première paire de Jordan que j’ai portée, et je n’avais aucune idée qu’un jour je collaborerai avec Jordan Brand. Des années plus tard, c’est justement la 11 que j’ai photographiée pour ma première campagne Jordan. Et aujourd’hui, je participe à cet édito pour la Air Jordan 11 Low pour Femme. Tous ces moments se rejoignent et sont très symboliques de mon parcours. C’en est presque surréaliste.

Il y a également une certaine synergie entre la AJ1 Tie Dye et ton amour du bleu. Qu’est-ce qui a inspiré ton look et comment ce dernier t’a-t-il aidé à te démarquer ?

J’ai teint mes cheveux en bleu pour la première fois à l’occasion de mon 19e anniversaire, comme pour marquer un nouveau départ. J’ai mis un peu de temps à trouver la couleur qui me représente aujourd’hui, mais à l’époque, mes cheveux bleus ont permis de définir ma marque de fabrique. Les gens avec qui je travaille aujourd’hui m’ont remarquée et m’ont contactée grâce à ma couleur de cheveux et mon look différent.

À la base, j’avais choisi la couleur au hasard, mais avec le temps, elle a vraiment pris tout son sens pour moi. J’ai un tatouage qui dit « pourquoi le ciel est-il bleu ». Cela signifie qu’il y a certaines choses que tu ne sauras ou ne comprendras jamais, et c’est tout le sens de la vie : arriver à te frayer un chemin en dépit de ces inconnues. Je souffre d’anxiété, et le bleu est une couleur apaisante. Peut-être qu’inconsciemment, j’ai teint mes cheveux en bleu parce que je savais que ça m’apporterait de bonnes choses.

Tu as 23 ans, un âge que beaucoup considèrent comme leur « année Jordan ». Quelle a été l’importance de cette année pour toi, en termes de changements de vie, de réussites ou de progrès dans ta carrière ?

Je me sens tellement chanceuse d’avoir eu ce type d’opportunités à 23 ans, qu’il s’agisse de photographier des campagnes de publicité importantes ou de diriger la réalisation de mon premier clip vidéo. En même temps, malgré tous les cadeaux que m’a faits la vie cette année, je suis également très consciente de ce qui se passe actuellement dans le monde, et ça me touche. J’ai du mal à me réjouir de ce qui m’arrive quand tant d’autres personnes souffrent.

La campagne actuelle de Jordan s’appelle UNITE. Peux-tu nous parler de l’importance de s’unir en ces temps difficiles, notamment lorsque l’on constate toutes les injustices sociales qui accablent nos communautés ?

Je pense qu’il est plus important que jamais de se rassembler pour affronter les questions d’injustice et de racisme institutionnel. Du fait de mon statut sur la scène culturelle, j’ai l’impression d’avoir la responsabilité d’en faire plus. Je parle à mes amis, j’écoute d’autres perspectives et j’essaie de participer aux conversations qui comptent, pour agir. Je vais reverser ma rémunération pour cet édito à des causes qui se battent pour les minorités. Je me suis inscrite sur les listes électorales et j’encourage mes amis à en faire de même. Je signe des pétitions soulevant des problèmes qui doivent être résolus. Je poursuivrai mon engagement jusqu’à ce que les choses changent.

“Il y a une certaine fierté à être un athlète. C'est cette même conscience professionnelle que j'applique dans tout ce que je fais aujourd'hui. ”

Tes travaux sont souvent remarqués sur les réseaux sociaux. Quel a été l’impact d’Internet sur ta carrière, et quel rôle joue-t-il actuellement dans ta vie ?

Les réseaux sociaux ont vraiment contribué à m’amener là où je suis aujourd’hui. J’ai d’ailleurs contacté l’artiste avec qui je travaille le plus actuellement par le biais d’Instagram. Internet m’a offert la possibilité de me rapprocher de tellement d’artistes, de construire des liens avec des personnes issues d’autres communautés et d’aider les autres. J’essaie d’utiliser la plateforme qui m’est donnée pour prendre la parole sur des sujets importants, et avoir si possible une influence positive sur les autres.

À ce propos, aurais-tu un conseil pour les jeunes photographes qui cherchent à aiguiser leur talent ou à se mettre au service de marques ou d’artistes importants ?

Le relationnel est ce qui compte le plus. Pour créer des liens avec les gens, il faut soigner le côté humain, l’authenticité. J’ai beaucoup d’affection pour les gens avec qui je travaille. Leurs vies personnelles et leurs personnalités en dehors du travail m’intéressent vraiment. Je ne suis pas la seule photographe à avoir du talent, mais on m’offre des opportunités parce que je m’intéresse véritablement à mes sujets et que j’apporte une énergie positive.

Ça m’a pris du temps de pouvoir en vivre. Démarquez-vous, créez votre propre style et produisez un travail qui ne ressemble à aucun autre.


La Air Jordan 11 Low pour Femme est disponible à partir du 18 juin sur Jordan.com. La Air Jordan 1 High « Tie-Dye » pour Femme est disponible à partir du 26 juin sur Jordan.com et SNKRS.

Shop the Look

AIR JORDAN 1 POUR JEUNE ENFANT

'TIE-DYE'

SHOP
AIR JORDAN 11 LOW POUR FEMME

'CONCORD SKETCH'

SHOP