Texte :Russ Bengtson

Photos :@RalphyRamos


Lorsqu’un gamin apprend à faire du vélo, il reçoit un don, celui de pouvoir se rendre d’un point A à un point B. Nigel Sylvester a été l’un de ces gamins. Il a développé ce don pour aller plus loin. Son vélo l’a emmené à travers le monde, puisl’a ramené là où tout a commencé, à New York.

En 1985, la Air Jordan 1 marquait aussi le début d’une aventure, non seulement pour Nike et l’athlète éponyme, mais également pour bien d’autres. C’est en effet cette année-là qu’est née la Air Jordan, une chaussure qui deviendra non seulement une marque, mais aussi un phénomène mondial.

Le logo en forme de ballon ailé a fini par symboliser un autre type de voltige. Après l’immense succès de la chaussure sur les parquets, lors d’une saison marquée par les 63 points engrangés au Boston Garden, ce fut au tour des skateurs et des riders de BMX de l’adopter pour partir à la conquête d’autres terrains.  Et tout comme les chaussures de basket d’aujourd’hui, les chaussures de skate modernes doivent beaucoup à la Air Jordan originale.

Depuis que je connais Nigel, soit depuis son adolescence et ses rides sur le spot de Brooklyn Banks, il a toujours utilisé son vélo pour vivre bien plus que sa passion pour le BMX. Il est devenu un athlète Nike il y a 13 ans grâce au programme 6.0, et même à cette époque il portait des Air Jordan 1, une façon pour lui de se démarquer.

Désormais, avec une Air Jordan 1 qui s’inspire de lui, Nigel souhaite rendre hommage à tous ceux qui l’ont précédé, et offrir quelque chose à tous ceux qui viendront après lui. La Air Jordan 1 Hi OG NRG est une version vieillie et délavée à la main du modèle rouge, noir et blanc d’origine, repensée pour une aventure différente.

Mais laissons parler Nigel.


Commençons par tes premiers souvenirs de la Jordan 1.

Je voyais pas mal de gars la porter dans mon quartier. Je regardais aussi souvent des vidéos de Jordan sur YouTube avant de rider.

Quelle a été ta première paire de Jordan 1 ?

C’était la Bred rétro. Je me suis tout de suite dit : « Tu vas t’éclater à vélo avec ces baskets ».

Beaucoup de gens enfilent des Jordan après avoir ridé. Ils préfèrent porter autre chose pour rider, puis ils mettent des Jordan.

J’étais tellement fan de la Jordan 1, avec sa silhouette simple et épurée. J’avais de super sensations sur les pédales. Je me disais : « Pourquoi ne pas porter des Jordan pour rider ? Que penseraient les autres ? »

Et donc, qu’ont-ils pensé ?

En fait, ils ont halluciné. Ils n’arrivaient pas à croire que je les portais vraiment. Je me suis renseigné, et j’ai vu que des mecs portaient aussi des Jordan 1 sur leur BMX dans les années 80. Ça m’a motivé de pouvoir leur rendre hommage. J’accorde beaucoup d’importance au passé.

Tu as créé la Nike SB x Nigel Sylvester Dunk High « S.O.M.P. » en 2014. Comment a commencé l’élaboration de cette Jordan 1 ?

J’ai conçu cette Dunk avec DJ Clark Kent. Dès le début du processus de création, j’avais à l’esprit de réaliser une Jordan 1.

Pour ce projet, on s’est dit que ce serait génial de faire une Jordan 1 aux couleurs délavées. Quand je ride avec mes Jordan, je les abîme, mais elles restent toujours aussi stylées.

Le processus a débuté en fin d’année dernière. Le designer de chaussures Frank Cooke et moi nous sommes retrouvés à Portland pour commencer la conception. On a décidé de garder le rouge, le noir et le blanc traditionnels, avec un look différent bien sûr, et on a délavé les couleurs.

Tu as aussi repensé à tes vieilles Jordan 1, pas vrai ?

On s’est principalement inspiré d’une paire de Shadow 1 que j’ai portée pendant des mois pour mes rides.  Mec, je les adorais. Elles sont complètement usées. Je les ai portées pour plusieurs voyages à vélo et pour filmer de nombreux clips.

Frank m’a dit : « Yo, envoie-moi ces chaussures. » Il les a inspectées et a déclaré : « Ce sont ces zones sur tes chaussures qui s’abîment le plus. » Mon vélo n’a pas de freins, mes freins, ce sont mes chaussures. Je ride avec le pied gauche en avant, donc mon pied droit me sert généralement de frein. Il encaisse beaucoup au niveau du talon, parce qu’il est plus près de ma roue arrière et de mon cadre.

Il y a quelques différences sur ce modèle. Qu’est-ce que tu préfères ?

On a mis un Swoosh réfléchissant sur l’intérieur du pied. Les éléments réfléchissants font partie de la culture des riders. Ils leur permettent d’être vus par les conducteurs la nuit. On a retiré le Swoosh sur le côté de la chaussure, pour insister sur le côté délavé. Par contre, on a retracé les contours du Swoosh et du logo Wings, comme si on avait essayé de les redessiner. Chaque chaussure est délavée à la main, donc chaque paire est unique.

L’un des éléments que je préfère sur cette chaussure, c’est le mini Swoosh sur la pointe. Les retours sur ce détail, en particulier, ont été dingues. Je crois que c’est la première fois qu’un mini Swoosh apparaît sur une Jordan 1. J’ai toujours adoré les chaussures avec plusieurs Swoosh, et particulièrement le mini Swoosh. C’était l’occasion d’en ajouter un, alors j’en ai profité.

Est-ce que tu réalises pleinement ce qui t’arrive avec cette chaussure ?

DJ Clark Kent m’a appelé hier soir, et nous avons parlé un moment. La veille, j’avais publié une photo de la chaussure. Il m’a dit : « Tu tiens ton rêve entre les mains. » Il a tellement raison. Cela fait des années que je rêvais de travailler sur une Jordan 1 et que j’imaginais ce que je ressentirais, depuis que j’ai commencé à rider avec.

Le fait qu’elle soit délavée prend tout son sens lorsque l’on comprend ce que réprésente cette chaussure. Quand je ride et que je fais des figures, que je voyage autour du monde ou que j’exprime mes idées dans le but de réaliser mes rêves, mes chaussures s’abîment naturellement.  Cette chaussure reflète l’engagement, la persévérance et la passion que j’investis dans tout ce que je fais.

C’est l’esprit débrouille, essentiel quand on fait du BMX. Et l’envie de ne rien lâcher. C’est cette histoire que nous racontons à travers cette chaussure. Elle raconte mon parcours, de mes débuts en BMX jusqu’à aujourd’hui, et même au-delà.

Cette chaussure est aussi liée à l’histoire deGO. Peu importe votre rêve, faites le nécessaire pour le concrétiser. Le processus peut être long et laborieux. La route ne sera peut-être pas toute tracée, alors n’écoutez que vous et tracez votre propre voie.

As-tu déjà ridé avec ce modèle ?

Aujourd’hui ! Elles sont géniales. On a pris des photos dans le Queens, où j’ai habité.

On est allé à Jamaica Avenue, au centre commercial Colosseum où je trainais après l’école pour acheter des maillots, des casquettes et des sneakers. À la sortie des cours, je sautais dans le bus qui reliait Bayside, où se trouvait Cardozo, mon lycée, pour rejoindre Jamaica Avenue. Cela faisait des années que je n’y avais pas mis les pieds. Il y avait quelque chose de surnaturel à faire un shooting photo là-bas, mais c’était cool ! Dans un sens, c’était une sorte d’hommage, une manière de montrer mon affection et ma reconnaissance.

Puis on s’est rendu dans le quartier où j’ai grandi, à Laurelton dans le Queens. On est allé au Bello Park, où j’avais l’habitude de rider pendant des heures quand j’étais gamin, à apprendre comment grinder et toute la technique, avant d’oser m’aventurer dans d’autres quartiers. J’ai appris à faire des smiths et des feeble grinds sur les bancs du parc. D’ailleurs, ils portent encore les marques de mon BMX et ceux de mes potes.

Ensuite, on a parcouru le Merrick Boulevard, un boulevard sur lequel je ridais énormément l’été. Je sautais par-dessus le terre-plein central, entre les voitures. C’est à cette époque que j’ai découvert que j’adorais rider en plein cœur de la circulation. J’ai fait le tour du quartier, pour retracer le parcours depuis mes débuts jusqu’à cette chaussure.

Quelle est la suite du programme ?

Créer encore plus de Jordan, j’espère ! Je suis persévérant et je me donne à fond. J’ai toujours un projet sous la main, tout en continuant à développer la marqueGO. Pour l’instant, j’ai vraiment envie de profiter à fond de ce que je vis. Hier, je suis allé voir ma mère, et je lui ai donné une paire de ces Jordan 1. C’était incroyable comme sentiment. Genre, « maman, tu réalises ce que ça représente ? » Je pense qu’elle a compris, en partie. Elle ne baigne pas trop dans la culture sneaker, mais elle a compris quand même. Elle a vu à quel point j’étais surexcité, et ça l’a rendu heureuse.

Je suis encore sur un petit nuage. Quand j’ai reçu les chaussures, je les ai sorties de la boîte, j’ai les ai enfilées, puis je les ai placées en plein milieu de mon salon et je les ai contemplées pendant au moins 30 minutes. Après, je suis parti à Malibu. Je les ai laissées sur le comptoir de la cuisine, pour être sûr que ce soit la première chose que je verrai en rentrant. Elles n’attendaient que moi.

La Air Jordan 1 High OG est disponible depuis le 1er septembre chez certains revendeurs dans le monde entier.