Texte : Brandon « Jinx » Jenkins

Photos : @AnthonyBlaskoPhoto

« The Ones » célèbre une nouvelle génération d’individus rebelles et talentueux. Cliquez ici pour découvrir d’autres stories.


La Air Jordan I était en avance sur son temps. Conçue spécifiquement pour ce jeune arrière prometteur du nom de Michael Jordan, la chaussure est dévoilée au public le 17 novembre 1984. Ce modèle étonnant reçoit alors un accueil mitigé mêlant curiosité, controverse, agitation et confusion. Que penser de cette nouvelle sneaker ? Personne n’avait jamais rien vu de tel. Heureusement, l’histoire nous a prouvé que la perplexité annonce souvent de grandes choses.

Depuis, la AJI a traversé les parquets à pleine vitesse, défilé nonchalamment sur les podiums de mode, sauté sur les scènes de concert, couru dans les couloirs des écoles et skaté sur toutes sortes de planches.  La chaussure est une gardienne du temps. Elle nous rappelle où la culture moderne de la sneaker a commencé, et le chemin qu’elle a parcouru depuis. Ce statut, elle le doit à Nike, à Jordan et aux athlètes qui se sont battus pour être reconnus avant tout pour leur vision et leur passion.

Tout comme la Air Jordan I, Reese LaFlare a décidé de tracer son propre chemin, malgré les détracteurs, les imitateurs et la pression liée aux attentes extérieures. Né à Birmingham, dans l’Alabama, et originaire d’Atlanta, le jeune talent de 28 ans incarne la nouvelle vague du hip-hop. Au cours de la dernière décennie, ce skateur devenu rappeur, passionné de mode et influenceur du tout culturel n’a cessé d’être un agitateur, que ce soit en signant avec Nike SB ou en fondant le label LaFlare Records. À l’image de la Air Jordan I, Reese est toujours en avance sur son temps. Heureusement, le monde a fini par le rattraper en découvrant toute l’ampleur de son talent, qui affiche à la fois des sensibilités classiques et un esprit d’innovation marqué.


Tu explores différentes voies en ce moment. Peux-tu nous en parler ?

J’ai grandi sur une planche de skateboard, je suis un artiste et j’écris des chansons pour beaucoup de gens. Ma carrière musicale se porte bien en ce moment. J’aime les vêtements et la mode. En fait, je m’intéresse à la culture urbaine en général : le skate, le streetwear et tout ce qui l’incarne.

Quel est le lien entre toutes ces activités ?

L’une ne peut pas exister sans l’autre. La mode et le streetwear s’inspirent de ce que porte le skateur moyen ou le gamin des villes. Les grandes maisons de couture copient ce style, parce qu’elles pensent que c’est tendance. La musique est un élément essentiel du skate et vice-versa. L’un ne peut pas exister sans l’autre. Tout vient de la culture de la rue.

En quoi ta décision de toucher à tous ces différents domaines t’a-t-elle affecté ? Est-ce facile à expliquer aux gens ?

Au début, certains pensaient que c’était étrange de voir un gamin noir faire du skate. C’était ma passion, un point c’est tout. Maintenant c’est la mode, plein de gens prétendent rider parce que ça leur donne une certaine allure. À l’époque, on les appelait des « poseurs ». Je ne suis pas un poseur.

C’est dans ma nature de m’intéresser à plein de choses. Quand je rencontre des gens qui évoluent dans le punk rock ou le skateboard, je comprends tout ce dont ils parlent. Ils me disent « Yo, comment tu connais ça ? » et je leur réponds « Mec, j’ai grandi sur une planche. J’ai fait du skate pendant 19 ans. »

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le skateboard à un si jeune âge ?

Je traînais toujours dans la rue, et le skateboard est un sport de rue. Je me suis reconnu dans quelques gamins noirs que j’avais vus faire du skate. L’un d’entre eux portait probablement un maillot de football, un pantalon cargo baggy et des Nike Air Force One ou des Dunk. Ça m’a parlé. J’ai réalisé que je pouvais rester cool tout en faisant du skate. J’étais tout maigre. J’étais trop frais. Je n’avais pas envie de me faire tacler, mais je me suis dit que je pouvais rider et rester frais.


Dès qu’il sent qu’on le rattrape, LaFlare accélère la cadence. Après avoir enchaîné les ollies jusqu’aux plus hauts sommets du skate, il lui fallait un nouveau trick à maîtriser : ce fut la musique.


Qu’est-ce qui a déclenché la transition vers la musique ?

C’est parti d’une blague. Ma mère chante, donc j’ai toujours été entouré de musique. Je faisais du skate pour une boutique que Don Cannon et DJ Drama fréquentaient régulièrement. Ils m’ont poussé à me mettre à la musique, surtout Don Cannon. Il me disait : « Ton look est cool, tu devrais rapper ». Tous les rappeurs essayaient de copier mes tenues, et je ne rappais même pas.

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour passer du skate au rap ?

Certaines personnes m’ont accueilli à bras ouverts. D’autres n’ont pas compris. Évidemment, dès qu’on commence à avoir un peu de succès, tout le monde s’exclame : « C’est toi qui avais raison depuis le départ ».

En traçant son propre chemin, on façonne son destin. Le succès est d’autant plus appréciable quand il est le fruit de nos efforts et qu’il ne nous a pas été servi sur un plateau. Cette réussite, on ne la doit qu’à soi-même.

Tu as récemment sorti ton premier album complet, mais ça fait des années que tu fais de la musique.

Oui. C’était ma première réalisation en solo, mon premier album depuis trois ans. Je ne sais pas vivre sans être créatif. Je n’ai pas d’autre choix.


Pour rider, il est essentiel de faire confiance à son instinct. Quelques secondes de doute avant de descendre la rampe d’un escalier de 3 ou 4 mètres de haut peuvent vous coûter la vie. LaFlare transpose cet état d’esprit à tout ce qu’il fait : l’assurance de savoir qu’il va tout réussir avant même d’avoir commencé.

Reese porte la toute dernière édition d’une longue lignée de Air Jordan 1 : la Air Jordan I High OG « Couture ». Avec son coloris noir intégral, rehaussé d’une large rayure rouge inspirée des courses de voiture, la « Couture » revisite la silhouette AJ1 classique avec des finitions à la fois fonctionnelles et artistiques. Tout comme Reese, son look est intemporel, mais elle adopte un ton résolument impertinent qui réclame votre attention autant qu’il donne envie de la porter et de la personnaliser.


D’où te vient ton esprit rebelle ?

J’ai toujours été un gamin rebelle. Je traçais mon propre chemin. Je ne voulais être comme personne d’autre.

Parlons chaussures. Depuis combien de temps est-ce que tu portes des Jordan pour rider ?

J’ai toujours ridé avec des Air Jordan I. Elles sont parfaites pour gratter, et les lacets ne ressortent pas trop. Les œillets sont placés tellement haut que même s’il t’arrive de les érafler, il est pratiquement impossible de les déchirer. Personne ne veut abîmer les siennes. Mais moi, je skate avec ! Tous les coloris que tout le monde aime tant, je skate avec !

Lorsque je ne suis pas sur une planche, le coloris noir et rouge de la Air Jordan va avec tout. Tu peux porter des Air Jordan I pour jouer au golf, pour aller au bal de promo ou même au travail. Tout dépend des autres éléments avec lesquels tu les associes.

On doit te prendre pour un dingue, non ? Surtout lorsque tu skates dans des modèles de AJI qui sont introuvables.

Effectivement, on me dit : « Mec, tu aurais pu les garder dans ton placard ». Et je réponds : « C’est vrai. Mais c’est pas grave, je préfère les porter pour rider. » J’aime bien avoir du style quand je skate.


La Air Jordan I High OG « Couture » est disponible depuis le 23 février sur SNEAKRS et dans certains magasins.