Photos : VERYRARE AGENCY et Francesca di Fazio (@freakyblink) 

Texte : Tara Aquino

Originaire de Milan, Nausicaa Dell’Orto, qui est la cadette d’une fratrie de quatre, a toujours été indépendante. C’est de cette façon que l’a élevée sa mère. « À l’âge de huit ans, ma mère m’a emmenée dans le centre de Milan et m’a dit de me débrouiller pour rentrer à la maison à pied, pendant qu’elle me suivait en voiture, raconte Nausicaa, qui a désormais 26 ans. Elle m’a expliqué que, peu importe où j’étais dans le monde, je devais savoir comment rentrer à la maison. »

L’indépendance de Nausicaa et son pragmatisme l’ont menée tout droit aux terrains de football (américain, il faut préciser). En tant que fondatrice de la première ligue féminine de football américain en Italie, Nausicaa a bâti elle-même ce qui lui manquait : une communauté d’athlètes qui se serrent les coudes. Dix ans plus tard, la ligue de Nausicaa reste une exception en Italie. En tant que capitaine et tight end d’une équipe nationale italienne qui gagne, mais aussi du Sirene Milano, Nausicaa a contribué au développement du sport dans toute l’Europe.

À l’occasion du lancement de la Air Jordan I Mid « Milan », Nausicaa a partagé avec nous son histoire. Elle nous explique ce qui l’a menée au football américain et l’importance de rassembler les athlètes partout dans le monde.


Avant de jouer au football, tu étais cheerleader pour l’équipe masculine de football américain des Seamen Milan. Comment en es-tu venue à jouer et à créer ta propre équipe ?

Je ne pouvais pas me résoudre à rester plantée là, à regarder les gars jouer. Mon père me disait toujours : « Lorsque tu trouves ta passion, tu trouves de nouveaux amis ». Autour de moi, il y avait tellement de filles qui avaient envie de jouer que je n’ai même pas eu besoin d’aller les chercher. Certaines étaient cheerleaders, d’autres compilaient les stats sur le banc. Parmi elles, il y avait Valeria Vismara, la cofondatrice de notre équipe.

Lorsque nous avons dit au président de l’équipe masculine que nous voulions jouer, il a dit en riant : « Jamais une femme ne portera d’épaulières sur mon terrain. » Il n’arrivait pas à imaginer que des femmes puissent jouer. «Il venait d’une culture où les femmes ne « pouvaient pas » jouer au football. Pourquoi joueraient-elles au football américain ?

On a donc trouvé un autre entraîneur, le père de Valeria, qui croyait en nous. On a commencé avec sept filles, puis on est passé à 25, parce que d’autres nous voyaient jouer dans le parc. Et puis, on a su qu’une équipe était en passe d’être formée à Bologne, alors on a décidé de jouer contre elle. Avec ce match, le propriétaire du club a compris qu’il y avait beaucoup de personnes investies dans ce sport et il a décidé d’y investir également.

Comment la ligue de football américain fonctionne-t-elle en Italie et dans quelle mesure est-elle soutenue ?

Notre ligue est composée de 14 équipes divisées en deux conférences, Nord et Sud. Nous avons également une équipe nationale. On joue à sept contre sept, et non à onze contre onze, parce qu’en général, il y a moins de femmes qui jouent au football américain. On a commencé avec un nombre de joueuses moins important pour avoir plus d’équipes. La ligue est sponsorisée par des petites entreprises, comme des boulangeries et des cabinets médicaux, et nous payons une petite somme pour utiliser le terrain, une sorte de cotisation au club. Nous aimerions pouvoir jouer à plein temps, mais tout le monde travaille en parallèle. Certaines d’entre nous sont enseignantes, d’autres médecins et d’autres encore musiciennes. Le soir, on enfile l’uniforme et on devient joueuses de football américain. 

En tant que capitaine, comment est-ce que tu arrives à créer un esprit d’équipe ?

Le football américain est un sport où tu dois rester debout alors que tout le monde essaie de te mettre à terre. Alors comment est-ce qu’on relève ses joueuses ? En leur disant : « Je sais que tu peux le faire » ou « La prochaine fois sera la bonne ». Je fais beaucoup de huddles. Je les prends souvent dans mes bras pour qu’elles sachent qu’on est ensemble face à l’adversaire.

Une des choses que le coach nous dit toujours est : « La différence entre l’ordinaire et l’extraordinaire, c’est ce petit truc en plus. Et il faut mettre ce petit truc en plus dans tout ce que vous faites. » Je leur dis toujours que le football américain m’a appris à ne reculer devant rien. Dans ce sport, on n’a pas d’autre choix que d’avancer à travers les lignes adverses.

Selon toi, de quelle façon est-ce que le football américain unit les gens ?

 Le football américain est un sport très intense et de ce fait, tu dois toujours protéger la joueuse qui se trouve à côté de toi. À défaut, elle pourrait se blesser gravement. En fait, tu remets ta vie entre les mains de quelqu’un d’autre. Et ça unit les gens, parce qu’en faisant cela, on se sent humble et, en même temps, on comprend qu’on a besoin des autres. Le football américain t’apprend ce que veut dire la solidarité, ce que cela signifie de faire partie d’un groupe de personnes proches comme des frères ou des sœurs.

Comment décrirais-tu la culture du football américain au public italien ?

C’est une vraie communauté. Les joueuses font venir leurs proches, et tout le monde se sent comme chez soi. Des liens se tissent pendant ces matchs. On a l’habitude de dire qu’on joue pour des pizzas, et non pour de l’argent. J’ai initié ma cousine Nour, qui a 10 ans. Elle adore le football américain parce qu’elle a besoin de discipline, mais également de se sentir entourée de coéquipières qui peuvent l’aider à oublier des choses comme le harcèlement à l’école, et la faire se sentir forte. Le football américain est un sport très inclusif, puisqu’il y a un poste adapté à chaque type de corps. La caractéristique qui jusque-là t’avait marginalisée peut devenir ton arme la plus redoutable sur le terrain. Tout le monde y trouve sa place.

Quel conseil donnerais-tu aux femmes qui souhaitent rassembler les gens à travers le sport ?

Comme je l’ai dit, lorsque tu trouves ta passion, tu trouves également des amis. Deux de mes filles ont créé leur propre équipe dans une autre ville. Le football américain progresse. Mais le seul moyen de le faire rayonner est de faire rayonner les valeurs apprises sur le terrain. Lance-toi, permets à d’autres d’accéder à ce que tu aimes et partage les opportunités en partageant ta passion. Si tu as un rêve et que tu es prête à travailler dur, tu trouveras quelqu’un pour t’aider. Il suffit d’un oui pour que tout arrive.

Pour la sortie de la AJI Mid « Milan », peux-tu nous expliquer ta relation avec MJ et la marque ?

MJ était l’idole de mes frères, et j’ai toujours voulu faire comme eux. Nous partagions la même chambre lorsque nous étions enfants, et ils avaient le poster de MJ sur lequel il déploie ses bras comme des ailes. Mon frère me disait qu’il était fan de MJ parce qu’il était inarrêtable, qu’il était le meilleur et qu’il n’avait peur de rien. Je portais toujours les Air Jordan de mes frères, parce que je n’en avais pas à moi, et ma mère ne trouvait jamais ma pointure. Quand j’ai eu 16 ans, j’ai pu commencer à porter les miennes. C’était des Air Jordan 1 : blanches, noires et rouges.


La Air Jordan I Mid Milan est disponible dans le monde entier chez certains revendeurs, à partir du 22 février.